Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201216

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A, ressortissant comorien, qui contestait un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français sans délai avec une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'une décision d'assignation à résidence. Le tribunal a estimé que ces mesures ne portaient pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) et ne méconnaissaient pas l'intérêt supérieur de son enfant mineur (article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant). Il a notamment relevé que rien n'empêchait M. A de retourner aux Comores avec son enfant. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, M. C A demande d'annuler :

1°) l'arrêté du 26 mai 2022 par lequel le préfet de l'Indre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour dans ce même territoire pendant un an ;

2°) la décision du 19 août 2022 par laquelle le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence pendant six mois.

Il soutient qu'en raison du décès de son épouse, il est seul à s'occuper de sa fille mineure née en France en juillet 2020 et qui va intégrer le système scolaire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'intéressé ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Artus a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né en 1979 aux Comores, a été interpellé par la gendarmerie le 26 mai 2022 pour infraction au code de la route. Il n'a pas été en mesure de justifier d'un document d'identité ni d'un droit au séjour en France. Par un arrêté du 26 mai 2022, le préfet de l'Indre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour dans ce même territoire pendant un an. Par une décision du 19 août 2022, le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. L'intéressé demande l'annulation de ces arrêté et décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mai 2022 :

2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces dernières stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. En l'espèce, M. A qui a bénéficié d'une carte de séjour temporaire délivrée par la préfecture de Mayotte, valable jusqu'au 6 août 2019, déclare être entré en France métropolitaine en 2019. M. A ne justifie pas d'attaches familiales en France métropolitaine, ni d'une insertion sociale ou professionnelle ni à l'inverse ne plus disposer de telles attaches aux Comores. Si l'intéressé fait valoir qu'il assume seul l'entretien et l'éducation de son enfant né à Tours le 1er juillet 2020 depuis que sa mère est décédée, rien ne fait obstacle à ce qu'il retourne aux Comores avec son enfant mineur. S'il allègue la nécessité de retrouver ses trois autres enfants domiciliés à Mayotte, il n'y établit pas la présence effective de ces enfants dont au demeurant il ne justifie pas des conditions de leur prise en charge actuelle. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté contesté ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et pas davantage les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2022 attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 août 2022 :

6. M. A, par les moyens qu'il invoque, ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire regarder les modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, la décision attaquée n'implique pas que l'enfant mineur de l'intéressé soit séparé de son père en violation des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Artus, président-rapporteur,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le président,

D. ARTUS

Le premier assesseur,

Y.CROSNIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La greffière,

M. B

N°2201216

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