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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201219

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201219

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUPONTEIL VALÉRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, M. A D, représenté par Me Peudupin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présenté en faveur de sa fille ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, de faire droit à sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant comorien né le 24 mai 1980 à Moroni aux Comores est titulaire d'une carte de résident d'une durée de 10 ans qui lui a été délivré le 1er décembre 2018. Il a déposé, le 6 août 2021, une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille B, née le 2 décembre 2007, résidant aux Comores. Par une décision du 24 janvier 2022 la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande au motif qu'au cours de la période de référence, ses ressources, d'un montant mensuel moyen de 737 euros net, étaient inférieures au minimum de 1 227 euros net mensuel requis. Par un courrier daté du 16 février 2022, M. D a présenté un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté le 21 juin 2022. M. A D demande l'annulation de la décision du 24 janvier 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir les articles L. 434-7 et L. 434-8 ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. D ne disposait pas de ressources propres suffisantes au regard des dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision est motivée en fait et en droit avec une précision suffisante au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 437-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes :/1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;/2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ;/ 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 437-8 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;

2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ;

3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. D, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur la circonstance que les ressources de l'intéressé n'étaient pas suffisantes, la condition devant être appréciée sur la période de référence de douze mois précédant le dépôt de la demande, soit en l'espèce du 6 août 2021 au 6 août 2020. Il ressort des pièces du dossier, notamment des bulletins de salaire du requérant, que ce dernier bénéficiait d'une rémunération mensuelle net moyenne d'environ 720 euros, soit un niveau de rémunération très éloigné du montant mensuel net du salaire minimum de croissance, fixé à 1 227 euros net à la date de la décision attaquée. Par suite, la préfète de la Haute-Vienne n'a méconnu ni les dispositions précitées, ni commis d'erreur d'appréciation, en estimant que les ressources du demandeur n'étaient pas suffisantes, nonobstant la circonstance que celui-ci satisfait aux autres conditions de logement et de respect des principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil posées les dispositions précitées de l'article L. 437-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D aux fins d'annulation de la décision du 24 janvier 2022, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions relatives au prononcé d'une injonction et aux frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Peudupin et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La Greffière,

M. Cjb

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