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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201229

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201229

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2022, M. B A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étranger malade " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée dès lors que la préfète n'a aucune certitude sur l'évolution de sa pathologie et ne s'est pas assurée de l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 425- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile dès lors que sa pathologie nécessite une surveillance et un suivi ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1978, est entré en France le 20 août 2020. Il a déposé une demande d'asile le 14 mai 2021 qui a fait l'objet d'un rejet de l'Office de protection des réfugiés et apatrides le 15 novembre 2021, confirmé le 25 juillet 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Parallèlement, il a sollicité le 25 juin 2021 son admission au séjour en raison de sa maladie et a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 3 avril 2022 dont il a demandé le renouvellement. Par une décision du 27 juin 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé un refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté, qui n'est pas stéréotypé, que celui-ci mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment la référence au parcours de l'intéressé et à sa situation personnelle. La préfète vise en particulier les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cite les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, et dès lors que la préfète n'était pas tenue de faire état de l'ensemble des circonstances propres à sa situation, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe n'impose la communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'étranger sollicitant son admission au séjour en raison de son état de santé. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Haute-Vienne a produit à l'appui de ses écritures, l'avis émis le 30 mai 2022 par le collège de médecins relatif à l'état de santé de M. A. Cet avis a donc été communiqué dans le cadre de la procédure au requérant, qui n'a pas soulevé de nouveaux moyens tenant à son irrégularité. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Haute-Vienne, pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger malade de M. A, s'est fondée sur l'avis du 30 mai 2022, émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indiquant que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge, son défaut ne devrait toutefois pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si M. A produit au soutien de sa requête divers certificats médicaux outre qu'ils sont postérieurs à la décision attaquée et précisent seulement qu'il est suivi et surveillé médicalement aucun ne vient sérieusement contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, compte tenu de cet avis, la préfète n'était pas tenue de vérifier s'il existait un traitement approprié et effectif dans son pays d'origine à destination duquel il pouvait voyager sans risque. Par suite, la préfète de la Haute-Vienne n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en refusant de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. A est entré récemment en France, moins de deux ans au jour de la décision attaquée, à l'âge de quarante-deux ans et a ainsi passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant se déclare célibataire et père de deux enfants mineurs qui résident en Guinée Bissau. Si M. A fait valoir son intégration dans la société française en justifiant notamment d'une activité professionnelle et d'une attestation de son chef d'équipe insertion à la direction de la voierie de Limoges métropole, son contrat de travail est à durée déterminée à temps partiel. Dès lors, cette seule circonstance ne peut suffire à établir qu'il aurait été porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la décision litigieuse a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 juin 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dounies et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme C, conseillière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. D

jb

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