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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201319

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201319

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 14 septembre 2022 à 18h16 et le 3 octobre 2022 à 10h01, M. C A, représenté par Me Pion, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités slovènes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, d'une part, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, d'autre part, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats-membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martha, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. B,

-les observations de Me Pion qui a repris en les développant les moyens soulevés dans sa requête en insistant notamment sur les risques de renvoi en Grèce, en Croatie ou en Afghanistan encourus par M. A en cas de remise aux autorités slovènes et sur le fait qu'il a été contraint de déposer une demande d'asile dans ce pays.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 9 juillet 1994, est entré irrégulièrement en France le 7 avril 2022 en provenance d'un autre Etat membre et a sollicité l'asile le 19 avril 2022. A la suite du relevé de ses empreintes digitales, il a été constaté qu'il était déjà identifié en Grèce où ses empreintes avaient été relevées le 30 octobre 2019 ainsi qu'en Slovénie le 16 mars 2022. Consécutivement à leur saisine par la préfète de la Gironde, les autorités slovènes ont explicitement accepté le 23 mai 2022 de prendre en charge M. A. Par un arrêté du 30 août 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de la Gironde a prononcé le transfert de l'intéressé auprès des autorités slovènes pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".

5. L'arrêté litigieux comporte l'examen détaillé des considérations propres de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision en cause n'évoque pas l'état d'avancement des demandes d'asile de M. A ne permet à elle seule, de considérer que cette décision est insuffisamment motivée. Par ailleurs, il résulte des termes mêmes de l'arrêté en cause que la préfète de la Gironde a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé avant de prononcer son transfert auprès des autorités slovènes. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation ne sont pas fondés et doivent être écartés.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. ( ) / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillance systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. Le cas échéant, il en informe, au moyen du réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre de l'article 18 du règlement (CE) n° 1560/2003, l'État membre antérieurement responsable, l'État membre menant une procédure de détermination de l'État membre responsable ou celui qui a été requis aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. / L'État membre qui devient responsable en application du présent paragraphe l'indique immédiatement dans Eurodac conformément au règlement (UE) n° 603/2013 en ajoutant la date à laquelle la décision. ".

7. La Slovénie est un pays membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités slovènes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

8. D'une part, à l'appui de ses allégations selon lesquelles, d'une part, la procédure d'asile en Slovénie et les conditions d'accueil des demandeurs souffriraient de défaillances systémiques et, d'autre part, il aurait souffert de conditions d'accueil indignes, M. A critique de manière générale les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, sans justifier d'aucun élément circonstancié propre à sa situation particulière notamment pas qu'il aurait été contraint de déposer une demande d'asile. Dans ces conditions, M. A ne démontre pas qu'il existerait une défaillance systémique en Slovénie et que son transfert vers ce pays l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants.

9. D'autre part, M. A n'établit pas que la préfète de la Gironde, qui a examiné s'il pouvait bénéficier de la clause humanitaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 aurait entaché sa décision d'une illégalité en refusant de lui accorder le bénéfice de ces dispositions dérogatoires alors que que le bénéfice de cette clause n'est pas un droit mais relève du pouvoir discrétionnaire de la préfète. A cet égard, M. A ne peut utilement affirmer que son transfert en Slovénie impliquerait nécessairement son renvoi dans son pays d'origine, en Croatie ou en Grèce, dès lors que cette décision se borne à le renvoyer dans l'Etat membre, seul responsable de l'examen de sa demande, devant qui, il lui appartient de faire valoir, le cas échéant, tous éléments, notamment la violation des stipulations et dispositions précitées, et de mettre en œuvre toutes les voies de droit qui lui sont offertes. Enfin, si M. A se prévaut de l'existence d'un état de stress post-traumatique, aucun élément au dossier n'est de nature à mettre en rapport cet état avec les conditions de son séjour en Slovénie, ni avec de mauvais traitements qu'il aurait subis de la part des autorités slovènes, et il n'est pas justifié par l'intéressé qu'il ne pourrait être pris en charge pour cette pathologie en Slovénie qui dispose d'une offre de soins comparable à celle qui existe en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point 6, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a ordonné son transfert auprès des autorités slovènes. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Pion et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou

à tous commissaires de justice à ce requis en

ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à

l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

Le greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

No 2201319

mf

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