mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LASSORT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 septembre 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a transmis le dossier de la requête de M. E D au tribunal administratif de Limoges.
Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Lassort, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 21 septembre 2022 ;
- l'assignation à résidence en litige, prononcée pour une durée de quarante-cinq jours à raison d'une impossibilité d'éloigner immédiatement l'étranger, ne pouvait, sans erreur de droit, être prise sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Corrèze n'établit pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable ;
- ayant son domicile à Bordeaux, ce que le préfet de la Corrèze ne pouvait ignorer, l'assignation à résidence contestée, qui l'oblige à se présenter tous les jours de la semaine au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde à l'exception des dimanches et des jours fériés, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La procédure a été communiquée au préfet de la Corrèze, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la fin de l'audience publique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1716 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Boschet, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Charoing, substituant Me Lassort, représentant M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 26 août 1991, M. D a fait l'objet, le 5 mai 2020, d'un arrêté par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par jugements des 21 janvier 2021 et 22 janvier 2022, le tribunal correctionnel de Bordeaux l'a condamné, d'une part, à une peine de trois mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement. Le 9 mars 2022, alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, il a été transféré au centre de détention d'Uzerche. A sa levée d'écrou, le 17 septembre 2022, le préfet de la Corrèze l'a placé en rétention administrative au centre de rétention de Hendaye. Par une ordonnance en date du 21 septembre 2022, le premier président de la cour d'appel de Pau a ordonné la mainlevée de cette rétention et la mise en liberté de M. D. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans ce département, pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions :
3. En premier lieu, M. Jean-Luc Tarrega, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Corrèze en date du 4 avril 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 19-2022-022 du même jour, à l'effet de signer " tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme infondé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ". Selon l'article L. 731-3 de ce code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui avait précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 mai 2020, s'est vu infliger, par un jugement du 21 janvier 2021 du tribunal correctionnel de Bordeaux, une peine d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté du 21 septembre 2022 portant assignation à résidence, cette condamnation pénale, dont l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, aurait cessé de produire ses effets. Alors qu'il ressort des motifs de l'arrêté contesté qu'une demande de laissez-passer consulaire est en cours auprès des autorités algériennes, l'intéressé ne conteste pas utilement qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze pouvait assigner M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 731-1 du code de justice administrative. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que, dans son arrêté du 21 septembre 2022, le préfet de la Corrèze ait indiqué " [qu'il] ne peut, à ce jour, avoir la certitude de pouvoir regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays " n'implique pas que l'assignation à résidence n'aurait pu intervenir que sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 de ce code.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Selon l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire prononcée en tout point du territoire de la République peut, quel que soit l'endroit où il se trouve, être assigné à résidence dans des lieux choisis par l'autorité administrative sur l'ensemble du territoire de la République ". Il résulte de ces dernières dispositions que l'autorité administrative peut choisir le lieu d'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire, sans que ce lieu soit nécessairement celui de son domicile habituel.
8. Il ressort des pièces du dossier que, le 29 janvier 2022, pendant qu'il était en détention, M. D a eu un garçon de nationalité française avec Mme A C, ressortissante française vivant chez sa mère à Bordeaux. Toutefois, l'intéressé n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils ou de la réalité et de l'intensité des liens entretenus avec cet enfant ou sa mère, que ce soit avant, pendant ou dans les suites immédiates de son incarcération. En outre, par les seuls éléments qu'il produit, en particulier une attestation non circonstanciée établie le 10 septembre 2022, soit une semaine avant la fin de son incarcération au centre de détention d'Uzerche, par laquelle la mère de Mme A C a indiqué " être d'accord " pour l'héberger à sa sortie de prison, M. D ne peut être regardé comme justifiant d'un domicile stable à Bordeaux. Plus généralement, il ne démontre pas avoir noué des liens privés ou familiaux d'une particulière intensité dans cette commune. Par ailleurs, et quand bien même il n'aurait pas d'attaches en Corrèze, M. D n'établit pas être dans l'impossibilité de respecter les obligations découlant de l'assignation à résidence qui a été prononcée à son encontre. Dans ces conditions, et alors au demeurant que, compte tenu de la condamnation pénale d'interdiction du territoire français, l'autorité administrative pouvait l'assigner à résidence dans un lieu qui ne correspond pas nécessairement à celui de son domicile, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022 du préfet de la Corrèze et, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par M. D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022 à 16h00
Le magistrat désigné,
J.-B. BLe greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
Le greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026