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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201395

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201395

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE H SIQUIER
Avocat requérantAVELIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 27 septembre 2022 et le 23 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Decressat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Indre a déclaré l'insalubrité irrémédiable du bâtiment 11 "Chez Combes", dont il est propriétaire, avec interdiction définitive d'habitation et d'utilisation dans le délai d'un mois et obligation d'exécuter l'ensemble des mesures de nature à interdire d'accéder aux lieux à titre définitif ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'immeuble querellé n'est pas sa résidence principale ; il demeure dans un logement, situé sur la commune voisine de Pérassay, à Châteaumeillant (Gers) comme en atteste le propriétaire de ce logement ;

- la réalisation des travaux demandés dans le délai imparti ne lui est pas possible ;

- le préfet de l'Indre n'a pas respecté le délai qu'il lui avait accordé, expirant fin septembre 2022, pour qu'il puisse réaliser les travaux nécessaires à rendre le bâtiment habitable ;

- aucun signe d'habitation n'a été relevé par le représentant de l'Agence Régionale de Santé lors de sa constatation ;

- l'immeuble n'est pas habitable en raison de l'importance des travaux en cours, il n'y aucun accès à l'eau potable, ni raccordement au réseau communal des eaux usées, seulement une installation électrique sommaire nécessaire à la réalisation des travaux ;

- il a effectué des démarches d'autorisation pour le terrassement des abords aux fins de mettre en œuvre l'installation d'assainissement.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 février 2023, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le caractère d'insalubrité de l'immeuble, au regard des dangers qu'il représente et de la procédure de péril grave et imminent engagée par la commune dès 2012, n'est pas contesté ;

- l'immeuble en cause constitue effectivement la résidence principale de M. A ;

- l'engagement de l'arrêté attaqué a été décidé à la suite déchanges avec M. A qui était informé de la décision prise et alors que la maire de la commune lui avait signalé que le requérant continuait à effectuer des travaux de creusement à son domicile ; il convenait de mettre fin à cette situation, dangereuse tant sur le plan physique que sur le plan sanitaire.

Par ordonnance du 24 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C.

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un immeuble situé au 11 " Chez Combes " à Perassay (36160) pour lequel la délégation départementale de l'Agence Régionale de Santé (ARS) de l'Indre l'a informé le 03 juin 2022, de la mise en œuvre de la procédure de traitement de l'insalubrité. Ce service lui a demandé de lui indiquer en retour sur les travaux qu'il entendait achever avant fin septembre afin de rendre le bâtiment habitable. Par courrier du 20 juin 2022, M. A a informé la délégation départementale de l'ARS de l'Indre de l'impossibilité de réaliser l'ensemble des travaux demandés dans le délai imparti et a ajouté que le bâtiment en cause ne constituait pas sa résidence principale. Par suite le préfet de l'Indre a pris, le 28 juillet 2022, un arrêté de traitement de l'insalubrité irrémédiable avec interdiction définitive d'habitation et d'utilisation, du bâtiment 11 " Chez Combes " sur la parcelle cadastrale section AE n°0292 de la commune de Perassay. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Indre a déclaré l'insalubrité irrémédiable du bâtiment 11 "Chez Combes", dont il est propriétaire, avec interdiction définitive d'habitation et d'utilisation dans le délai d'un mois et obligation d'exécuter l'ensemble des mesures de nature à interdire d'accéder aux lieux à titre définitif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part aux termes de l'article L 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. (). ". L'article L. 1331-24 de ce code prévoit que : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ".

3. D'autre part aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". L'article L. 511-7 du code de la construction et de l'habitation énonce par ailleurs que : " L'autorité compétente peut faire procéder à toutes visites qui lui paraissent utiles afin d'évaluer les risques mentionnés à l'article L. 511-2. () ". Aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L. 1422-1 du code de la santé publique, du directeur du service communal d'hygiène et de santé, remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité. () ". Aux termes de l''article L. 511-10 du même code, dans sa version applicable au litige : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ".En vertu de l'article L511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 511-15, et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter ou d'utiliser que () lorsque les mesures et travaux nécessaires à une remise en état du bien aux normes de salubrité, de sécurité et de décence seraient plus coûteux que sa reconstruction () ".

4. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare ce logement insalubre et prescrit les mesures nécessitées par les circonstances est un recours de plein contentieux. Il appartient au juge administratif de se prononcer d'après l'ensemble des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue.

5. En premier lieu, il ressort des pièces versées au dossier que M. A a donné son accord pour la visite de son logement réalisée, le 04 mars 2022, par l'agence régionale de santé (ARS) de l'Indre et la Direction Départementale des Territoires de l'Indre. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a été destinataire, par un courrier du 3 juin 2022, du rapport d'enquête réalisé par l'ARS à l'issue de la visite de l'immeuble dont il est le propriétaire, et qu'il a présenté, par courrier du 20 juin 2022, ses observations sur ce rapport. M. A a dans ses observations, indiqué qu'il était dans l'impossibilité de réaliser l'ensemble des travaux demandés dans le délai imposé, à savoir fin septembre 2022. Dans ces conditions, le préfet pouvait, avant le terme du délai qui avait été accordé au requérant, prendre décider de déclarer l'insalubrité irrémédiable du bâtiment appartenant au requérant, en interdire définitivement l'habitation et l'utilisation dans le délai d'un mois et faire obligation d'exécuter l'ensemble des mesures de nature à interdire d'accéder aux lieux à titre définitif.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait, l'immeuble querellé ne serait pas sa résidence principale. Toutefois, le rapport administratif de la compagnie de gendarmerie de la Châtre du 3 juillet 2022, rédigé par un officier de police judiciaire, agent assermenté dont les constats font foi jusqu'à preuve du contraire, indique que dans 22 procès-verbaux d'audition de M. A entre 2017 et 2021, ce dernier a déclaré être domicilié " Chez Combes 36160 Pérassay ". Il ressort aussi des pièces du dossier que M. A s'est déclaré en tant que propriétaire occupant du logement au centre des finances publiques de la Châtre le 28 mars 2022. Il était en outre, inscrit sur la liste des bénéficiaires du ramassage des ordures ménagères de la communauté de communes de la Châtre-Sainte Sévère et il est inscrit sur la liste électorale de la commune de Pérassay, en se déclarant résider au 11 " Chez Combes " à Pérassay. Enfin, le rapport de l'ARS du 14 septembre 2022 atteste que M. A vit dans sa voiture depuis l'interdiction d'accès aux lieux. La seule production par M. A, d'une attestation d'hébergement datant du 17 février 2017 d'une personne selon laquelle elle l'autorise à être hébergée gratuitement chez lui à Chateaumeillant n'est pas suffisante pour venir contredire l'ensemble des éléments concordants selon lesquels M. A habite effectivement de manière habituelle le bâtiment en cause. Par suite, le moyen tiré de ce que le bâtiment ne serait pas habité au regard de l'ampleur des travaux engagés ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, qu'en raison de la mitoyenneté avec les bâtiments contigus voisins, la démolition de la grange appartenant à M. A ont conduit à la mise en œuvre d'une procédure de péril grave et imminent et que l'expertise du 10 décembre 2012 à conclut au caractère grave et imminent du péril tant au niveau de la grange que de la maison d'habitation. M. A avait alors été mis en demeure de prendre toute mesure utile dans un délai d'un mois pour sécuriser les bâtiments. Toutefois, les travaux ont dû être exécutés d'office par la commune. Depuis cette procédure, il apparait que les travaux engagés depuis plus de 10 ans pour rendre la maison habitable ne sont toujours pas achevés, ce que confirme le requérant dans ses écritures. Le rapport établi le 24 mars 2022 par l'ARS à la suite de la visite sur place du technicien sanitaire, que l'immeuble en litige est assimilable à un vaste chantier en raison de l'ampleur des travaux à réaliser. Une zone de très faible superficie est accessible par un escabeau en raison du décaissement important du sol réalisé par M. A. Cette zone très dégradée est totalement ouverte sur le chantier intérieur du bâtiment, aménagée de manière très sommaire, comprend du mobilier dont un fauteuil, un chauffage d'appoint, un four à micro-onde et un évier. Le bâtiment n'étant pas desservi par un réseau d'alimentation interne en eau potable, M. A puise de l'eau en sortie du compteur situé à l'extérieur. Le dispositif de traitement des eaux usées n'est toujours pas installé et ce en dépit d'une intervention de la société SAUR le 28 mars 2013, de ce fait, M. A utilise un WC portable qu'il vidange dans les bornes dédiées aux camping-cars et la production d'un devis, au demeurant non daté, de travaux de terrassement et de pose d'une filière Ecoflo E EH n'est pas de nature à établir que des travaux seraient effectivement engagés à l'issue desquels le bâtiment serait rendu effectivement habitable.

8. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et des nombreux désordres constatés au sein de l'immeuble de M. A, lesquels persistent à la date du présent jugement et sont de nature à constituer un danger ou un risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes, c'est sans commettre d'erreurs de fait ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions susmentionnées du code de la santé publique et du code de la construction et de l'habitation que le préfet de l'Indre a pu déclarer l'insalubrité irrémédiable de ce logement et l'interdire définitivement à l'habitation.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. D A demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La magistrate désignée,

H. CLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. B

bb

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