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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201406

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201406

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 29 septembre 2022 et le 17 octobre 2022, M. C A D, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail pour la durée de l'examen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui la fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui la fonde ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 4 novembre et le 6 décembre 2022, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né en 1988 à Kenitra a fait l'objet d'un arrêté pris le 27 septembre 2022, par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Corrèze a, par ailleurs, assigné M. A D à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de 45 jours. M. A D demande l'annulation des seules décisions portant obligation de quitter le territoire, refus de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pendant un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

4. M. Tarrega, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Corrèze en date du 8 septembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 19-2022-084 du 8 septembre 2022, à l'effet de signer " tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 27 septembre 2022 manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Elle indique que M. A D allègue être entré sur le territoire français en 2017 et précise qu'il n'a pas été en mesure de présenter un passeport ou un visa permettant de vérifier les conditions de son entrée en France. Elle ajoute qu'il reconnaît séjourner en situation irrégulière et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour. L'arrêté du 27 septembre 2022 mentionne par ailleurs que le requérant est célibataire, sans enfant, et qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays où réside sa mère et l'un de ses frères. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. A D, ressortissant marocain, né en 1988 à Kenitra, déclare être entré sur le territoire français en 2017. Il fait valoir qu'il réside depuis plus de cinq ans sur le territoire français, où se situe le centre de ses intérêts privés et familiaux. M. A D produit un récépissé de déclaration de main courante relative à la perte de documents officiels datée du mois de mai 2017, plusieurs attestations d'hébergement et certificats de domiciliation, portant sur les périodes courant du mois de novembre 2017 au mois de mai 2018, du mois d'août 2018 au mois d'août 2019, et du 1er juillet 2020 au 31 mai 2022. Il produit également plusieurs documents faisant état de formations suivies au Maroc dans le domaine du transport de marchandises, et de deux contrats de travail à caractère saisonnier conclus sur le territoire français aux mois de septembre 2021 et de septembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A D est célibataire et sans enfant, et qu'il ne démontre pas, par la seule production de l'acte de décès de son père, qu'il serait dépourvu d'attaches familiales au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. En outre, s'il fait valoir qu'il est proche de sa sœur qui réside en France, il n'apporte aucune précision sur l'intensité de leur relation ou la situation de cette dernière sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en obligeant M. A D à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Corrèze n'a pas entaché la décision portant obligation de quitter le territoire d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'arrêté vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que l'impossibilité pour M. A D de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité, ainsi que son absence de résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale sont les faits retenus par le préfet de la Corrèze pour caractériser le risque de soustraction à l'éloignement. Ce faisant, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé le refus d'accorder un délai de départ volontaire.

10. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8 du présent jugement, il convient d'écarter, pour la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. A D n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8 du présent jugement, il convient d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

16. En premier lieu, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français fait référence aux articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle vise la situation familiale du requérant et indique la durée de sa présence sur le territoire. Elle précise, en outre, que le préfet de la Corrèze a estimé que le requérant ne disposait d'aucun lien réel avec la France puisqu'il n'y travaillait pas régulièrement,

puis que M. A D est défavorablement connu des forces de police pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance au mois de janvier 2022. Ce faisant, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé la décision portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8 du présent jugement, il convient d'écarter, pour la décision d'interdiction de retour en France pour une durée d'un an, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, la requête de M. A D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. A D.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C A D, à Me Kaddouri et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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