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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201459

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201459

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, Mme A E D, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a suspendu son agrément d'assistante familiale pour une durée de quatre mois ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Haute-Vienne de procéder au rétablissement de son agrément dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- souffre d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission consultative paritaire départementale et de la transmission tardive de son dossier individuel malgré ses demandes;

- viole le principe général des droits de la défense ;

- méconnait les dispositions de l'article 1-1 du décret n°88-145 du 15 février 1988 et celles de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Monpion, substituant Me Cacciapaglia, représentant Mme E D, et de Mme B, représentant le président du conseil départemental de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir été agréée le 12 janvier 2021 en qualité d'assistante familiale pour accueillir un mineur à son domicile, Mme A E D a été recrutée par le service de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de la Haute-Vienne à partir du 1er avril 2021. Elle a bénéficié d'une deuxième place d'accueil à compter du 1er octobre 2021 et a été autorisée à accueillir ponctuellement des jeunes en dépassement dans le cadre d'accueils-relais organisés pendant la période estivale. Par une note du 9 septembre 2022, une éducatrice spécialisée de la maison du département sud-agglomération questionnait sur la place de la requérante dans le travail d'accompagnement de l'enfant au sein de l'équipe éducative et soulevait de fortes inquiétudes autour de potentielles maltraitances à l'égard des mineurs confiés. Reçue le jour même par sa hiérarchie, la requérante a été informée du retrait immédiat des enfants confiés et de la transmission de ces éléments au procureur de la République. Par sa décision du 21 septembre 2022, dont Mme E D demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a suspendu son agrément pour une durée de quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code, l'agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision de suspension de l'agrément de Mme E D est fondée sur une note de signalement d'une éducatrice spécialisée du service de l'ASE du 9 septembre 2022 faisant part des dysfonctionnements et des difficultés de positionnement de la requérante dans ses relations avec le service, les enfants et leurs familles et relatant le témoignage d'une adolescente, accueillie en relais estival chez Mme E D, dénonçant des faits de maltraitance ainsi que des négligences de la part de la famille d'accueil. Mme E D n'a pas eu accès à cette note dont le contenu ne lui a pas été exposé comme en atteste le compte-rendu de l'entretien du même jour en présence de la directrice prévention-protection de l'enfance et du chef du service gestion de l'accueil et de l'accompagnement. Elle a en revanche été informée au cours de cet entretien de la réorientation immédiate des enfants qui lui étaient confiés vers d'autres familles d'accueil et de la transmission au procureur de la République des éléments recueillis. Si le département de la Haute-Vienne soutient que ces éléments ont été transmis au procureur de la République, lequel n'a pas autorisé leur communication, il a, en n'apportant aucune précision à la requérante sur la teneur des éléments portés à sa connaissance ou recueillis par lui et qui auraient revêtu un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révélé une situation d'urgence justifiant la décision litigieuse, méconnu les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles citées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a suspendu l'agrément en qualité d'assistante familiale de Mme E D pour une durée de quatre mois doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du président du conseil départemental de la Haute-Vienne du 21 septembre 2022 suspendant l'agrément en qualité d'assistante familiale de Mme E D pour une durée de quatre mois est annulée.

Article 2 :Le département de la Haute-Vienne versera à Mme E D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A E D et au président du conseil départemental de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef

La Greffière

M. C

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