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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201515

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201515

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. E B F, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la sanction disciplinaire que lui a infligé le 23 juin 2022 la commission de discipline du centre pénitentiaire de Saint-Maur ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée de vices de procédure en raison d'une part, de l'incompétence de l'autorité ayant décidé des poursuites et d'autre part, de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline en l'absence de délégation du chef d'établissement à son président et de l'absence de preuve de ce que la commission ne comprenait pas l'agent ayant rédigé le compte rendu d'incident ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'a pas pu consulter son dossier disciplinaire plus de trois heures avant la réunion de la commission de discipline ;

- est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits et de disproportion entre ces faits et la sanction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. B F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de M. Christophe,

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, écroué depuis le 10 août 2012 et incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 17 août 2021 au 11 juillet 2022, a fait l'objet d'un compte rendu d'incident le 10 juin 2022 pour avoir insulté un agent pénitentiaire. Par une décision du 23 juin 2022, le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de quinze jours de cellule disciplinaire, entièrement assortie d'un sursis probatoire. Le 5 juillet 2022, M. B F a formé à l'encontre de cette décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 234-43 du code pénitentiaire. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire : " Une personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester devant le directeur interrégional des services pénitentiaires les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-1 du code pénitentiaire : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les poursuites disciplinaires ont été ordonnées par une décision du 13 juin 2022 prise par M. Christophe J, commandant pénitentiaire, lequel avait reçu délégation à cet effet en vertu d'une décision du 26 octobre 2021 de Mme I C, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2021-125 de la préfecture de l'Indre du 27 octobre 2021.

5. Aux termes des articles R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs " et R. 234-12 : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline, produit en défense, que cette commission était présidée par le directeur adjoint, M. D G, assisté de deux assesseurs, le premier Mme K H, personne extérieure à l'administration pénitentiaire, le second étant membre de l'administration pénitentiaire. Il ressort des mentions portées sur ce même registre que l'assesseur pénitentiaire, M. L M, n'était pas l'auteur du compte rendu d'incident du 10 juin 2022, rédigé par M. AT. Enfin, le président de la commission de discipline avait reçu délégation à cette fin en application de l'article R. 234-1 du code de pénitentiaire, par une décision du 26 octobre 2021 de Mme I C, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2021-125 de la préfecture de l'Indre du 27 octobre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-15 du code pénitentiaire : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. ".

8. M. B F soutient qu'il n'a pu consulter son dossier que le 25 juin 2022 soit postérieurement à la tenue de la commission de discipline qui s'est tenue le 23 juin 2022. Il en veut pour preuve la date figurant sur le bordereau de notification des pièces de son dossier qui selon l'intéressé est le 25 juin 2022 et qu'au surplus l'une des pièces de ce même dossier datée du 21 juin 2022 corrobore l'impossibilité d'une remise le 15 du même mois. Toutefois, il ressort des pièces produites par le requérant et ne peut être sérieusement contesté que la date de notification de son dossier est bien le 15 juin 2022 et non le 25 juin et que son conseil qui a signé ce même bordereau le 23 juin 2022 n'aurait certainement pas manqué de relever cette anomalie. En outre, le document daté du 21 juin 2022 mis en avant par l'intéressé pour attester d'une notification qui ne pouvait dès lors n'être que postérieure, non seulement est la réponse de l'avocate commise d'office sollicitée pour l'assister devant la commission de discipline par courriel du 15 juin 2022 suite à sa demande du 14 juin 2022, mais ne faisait pas partie des pièces du dossier remis à M. B F ainsi qu'il s'en déduit de la numérotation de chacune des pages de 1 à 9 précisée sur le bordereau de notification. Au surplus, l'intéressé pas plus que son conseil qui l'a assisté devant la commission de discipline n'ont formulé la moindre observation en ce sens. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () /2° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; (). ". Aux termes de l'article R. 235-12 de ce même code : " La durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. (). "

10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 10 juin 2022, M. B F a insulté un surveillant pénitentiaire en des termes qu'il qualifie de faible vulgarité et qu'il considère comme communs dans le monde de la détention. Toutefois, alors même qu'il reconnaît non seulement avoir insulté l'agent pénitentiaire mais aussi les qualificatifs outrageants employés à cette occasion, en en minimisant la signification, M. B F ne justifie d'aucun élément de nature à contredire sérieusement les constatations ressortant du compte rendu du 10 juin 2022 lesquelles ont été rapportées par un agent assermenté. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la sanction litigieuse reposerait sur des faits inexacts.

12. D'autre part, pour souligner la disproportion de la mesure, M. B F se présente comme un détenu exemplaire qui n'a fait l'objet, avant cet incident, d'aucun compte rendu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que depuis son incarcération, le requérant a été entendu à huit reprises par les commissions de discipline des différents établissements dans lesquels il a été incarcéré et que quatre autres incidents ont été traités sans passage devant cette instance. Au surplus, la sanction de 15 jours de cellule disciplinaire infligée à M. B F a été assortie d'un sursis total actif pendant six mois. Par suite, le moyen selon lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon aurait pris une sanction disproportionnée ou entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B F est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. E B F, à l'Aarpi Thémis et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. N

La République mande et ordonne

au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. N

jb

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