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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201559

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201559

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 31 octobre et 3 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Karakus, demande :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son état de santé nécessite des soins en France et que les traitements médicamenteux ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, la Moldavie, pays touché par le conflit entre la Russie et l'Ukraine ;

- sa fille réside en France et attend une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides concernant sa demande d'asile ;

- les dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été violées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par l'intéressée ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Artus a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante moldave née en 1940 en Ukraine, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement le 12 mars 2022 à l'âge de quatre-vingt-un ans avec sa fille en France où elle a demandé l'asile, en dernier lieu le 12 juillet 2022, après avoir sollicité le 14 avril précédent son admission au séjour au titre de son état de santé. Sa demande, examinée selon la procédure prévue par l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée le 20 septembre 2022 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), notifiée le 26 septembre 2022, contre laquelle l'intéressée a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Le 2 août 2022, sur avis du 28 juin 2022 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. L'intéressée demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Ofii qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par la requérante, la préfète de la Haute-Vienne s'est notamment fondée sur l'avis du collège médical du 28 juin 2022 aux termes duquel le défaut de prise en charge médicale de l'intéressée ne pourrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme A, en se bornant, à la date de la décision attaquée, à faire valoir qu'elle est hospitalisée et que la présence de sa fille à ses côtés lui est nécessaire, n'apporte aucun élément susceptible de remettre sérieusement en cause cet avis, repris par la préfète dans la décision en litige, dès lors que les certificats médicaux produit par l'intéressée ne sont pas de nature à infirmer l'avis de l'Ofii précité. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Mme A n'apporte en l'espèce aucun élément pouvant être regardé comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Mme A, ressortissante moldave, est entrée irrégulièrement, selon ses affirmations, sur le territoire français en 2022, à l'âge de quatre-vingt-un ans, avec sa fille, de la même nationalité, dont la demande d'asile était, à la date de la décision attaquée, en cours d'examen. Eu égard à son entrée très récente en France, nonobstant son âge, elle n'apporte pas d'élément suffisant permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française, sans pouvoir utilement se prévaloir de la présence de sa fille, majeure et en qualité de demandeuse d'asile, dont au surplus elle ne démontre pas la nécessité médicale de sa présence auprès d'elle. Dans ces conditions, dès lors qu'elle n'établit pas par ailleurs être directement exposée, en raison du conflit armé en Ukraine voisin de son pays d'origine ainsi qu'elle l'a vainement fait valoir devant l'Ofpra à l'appui de sa demande d'asile, à une impossibilité de continuer en Moldavie la vie privée et familiale qu'elle y menait jusque-là, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son droit à une vie privée et familiale normale doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président-rapporteur,

Mme Siquier, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le président,

D. ARTUS

Le premier assesseur,

H. SIQUIER

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière

M. Ccg

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