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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201575

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201575

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBROUSSARD EMELINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2022 et le 23 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Monpion, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, de la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le directeur de la Résidence Pierre Bazenerye a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de révocation ;

2°) de mettre à la charge de la Résidence Pierre Bazenerye une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car, d'une part, ses charges mensuelles s'élèvent à la somme de 668,61 euros alors que le traitement qu'il a perçu au mois d'octobre 2022 ne s'élève qu'à 217,17 euros et, d'autre part, il souffre d'une grave pathologie génétique qui est extrêmement invalidante et qui a pour effet de le faire souffrir d'un syndrome anxiodépressif ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

' elle est entachée de plusieurs vices de procédure : en premier lieu, il n'a pas eu connaissance de son dossier dès lors que les fiches d'évènements indésirables et les procès-verbaux d'audition des personnes qui ont témoigné étaient anonymisés ; en deuxième lieu, il n'a pas été informé de la possibilité de récuser un membre du conseil de discipline ; en dernier lieu, ses observations écrites n'ont pas été lues en conseil de discipline ;

' elle est insuffisamment motivée puisque l'avis rendu par le conseil de discipline ne lui a pas été communiqué ;

' elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

' elle est disproportionnée ;

' elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 novembre 2022 et le 24 novembre 2022, la Résidence Pierre Bazenerye, représentée par Me Broussard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que, d'une part, M. A n'est pas dépourvu de toute ressource financière et n'a en tout état de cause entrepris aucune démarche pour retrouver un emploi et, d'autre part, eu égard aux motifs de sa révocation et des fonctions qu'il exerce au sein de l'établissement, sa réintégration est de nature à compromettre le bon fonctionnement du service et un intérêt public s'oppose à la suspension de l'exécution de la décision ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 octobre 2022 sous le n° 2201450 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Monpion, représentant M. A,

- et les observations de Me Broussard, représentant la Résidence Pierre Bazenerye.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a été titularisé, en 2005, en qualité d'agent d'entretien spécialisé au sein de la Résidence Pierre Bazenerye, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) situé à Dun-le-Palestel. Après avoir été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire par une décision du 14 juin 2022, il a été révoqué par une décision du 20 septembre 2022 prise par le directeur de l'établissement. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. A soutient qu'il se trouve dans une situation financière précaire et qu'il souffre d'une maladie entrainant chez lui un syndrome anxiodépressif.

5. En l'espèce, d'une part, si la sanction de révocation prononcée à l'encontre de M. A a pour effet de le priver de la rémunération afférente à son emploi d'agent d'entretien spécialisé, il ressort des pièces du dossier que le requérant est placé en congé longue maladie depuis le 21 septembre 2022 pour une période de trois mois, que les indemnités journalières qu'il a perçues au mois de novembre 2022 se sont élevées à la somme de 911,27 euros brut, soit un montant net de 799,11 euros et qu'il pourra demander à bénéficier de l'aide pour le retour à l'emploi. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier, et notamment du compte rendu de la commission administrative paritaire départementale établi le 8 septembre 2022, que M. A aurait manqué à ses obligations dans la réalisation de tâches qui lui étaient confiées, qu'il se serait absenté de son poste de travail sans en justifier et qu'il aurait adopté un comportement inapproprié avec certains résidents de l'établissement de santé. A ce titre, un compte rendu d'entretien du 2 juin 2022 mentionne que M. A " aurait versé de l'eau de manière intentionnelle et à plusieurs reprises sur la tête " d'un résident, qu'il aurait " ébouriffé les cheveux des résidents ", qu'il aurait " pincé " et " touché la main " d'une résidente et qu'il lui aurait également " passé la main dans le cou " et " dans le chemisier ". Ce comportement, au regard de ses conséquences sur le fonctionnement de cet établissement a d'ailleurs entrainé sa suspension de fonctions par une décision du 14 juin 2022, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été contestée. En outre, à la suite de l'enquête administrative qui a été diligentée, le conseil de discipline s'est prononcé, favorablement, à l'unanimité pour la révocation de M. A. Ainsi, eu égard aux faits qui lui sont reprochés, la suspension de l'exécution de la décision de révocation risquerait, en cas de réintégration, de compromettre le bon fonctionnement du service, quel que soit le poste sur lequel le requérant serait affecté au sein de l'Ehpad.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la condition d'urgence posée par l'article

L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par M. A.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Résidence Pierre Bazenerye, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'Ehpad Résidence Pierre Bazenerye sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Ehpad Résidence Pierre Bazenerye tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Résidence Pierre Bazenerye.

Rendu public à Limoges, le 28 novembre 202Le juge des référés,

P. B

Le greffier en chef,

S. CHATANDEAU

La République mande et ordonne

au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

S. CHATANDEAU

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