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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201660

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201660

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 novembre et 29 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'intervalle un récépissé l'autorisant à travailler.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- cette décision est illégale en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'erreur de fait, d'une erreur de droit ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux, individualisé et de proportionnalité de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Moreau, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Par un jugement du 29 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté les conclusions de la requête dirigées contre les décisions du 22 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a renvoyé à une formation collégiale l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour.

2. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 22 novembre 2022 et sur les conclusions accessoires afférentes.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". L'article 9 du même accord stipule : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C justifierait du visa de long séjour exigé par les stipulations des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour obtenir la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Pour ce seul motif, et sans qu'elle méconnaisse ces stipulations, la préfète de la Haute-Vienne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

5. En deuxième lieu, M. C soutient que la préfète de la Haute-Vienne s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète, qui a apprécié la situation de l'intéressé, se serait cru tenu, sans faire usage de son pouvoir d'appréciation, de refuser la délivrance d'un tel certificat de résidence.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. C, ressortissant algérien, est entré en France régulièrement le 12 décembre 2018, à l'âge de 28 ans, muni d'un visa de court séjour et s'est ensuite maintenu sur le territoire. Il est célibataire, sans enfant. Si M. C a travaillé en 2019 en qualité d'intérimaire, c'est au prix d'une fausse déclaration de nationalité italienne et de la production d'une carte d'identité falsifiée correspondant à une autre identité. Si le père de M. C réside en France et est titulaire d'un titre de séjour, le requérant n'établit pas entretenir avec ce dernier des liens d'une particulière intensité. De plus, il ne fait état d'aucun lien personnel et affectif en France et n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'a méconnu ni les stipulations de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la vie personnelle de M. C.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France. Par suite, la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 22 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et, par voie de conséquence, les conclusions accessoires afférentes présentées par ce dernier, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 22 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et les conclusions accessoires afférentes présentées par ce dernier sont rejetées.

Article 2: Ce jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

J.B. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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