mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et une pièce complémentaire, respectivement enregistrés le 29 novembre 2022, le 24 décembre 2023 et le 6 août 2024, M. E D, représenté par Me Charlès, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle le ministre des Armées a rejeté sa demande tendant à être admis à la retraite anticipée au titre de travaux insalubres à compter du 1er septembre 2022, ensemble la décision du 13 septembre 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre des Armées de reconnaître le caractère insalubre des travaux accomplis entre 1993 et 2010 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du 8 août 2022 ait été signée par une autorité habilitée ;
- le refus de l'admettre à la retraite anticipée au titre des travaux insalubres, à compter du 1er septembre 2022, est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'elle en subordonne le bénéfice à la réalisation de travaux insalubres en adéquation avec les professions exercées ;
- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'illégalité de l'annexe XIX, I A du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, laquelle crée une rupture d'égalité de traitement entre les ouvriers d'Etat du ministre des Armées et ceux rattachés au ministère de l'Equipement et du logement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le ministre des Armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
L'affaire, qui relève du 3° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2020-799 du 29 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Gillet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 16 septembre 1960, ouvrier de l'Etat, a travaillé au sein de la base de soutien du matériel de Neuvy-Pailloux, d'abord en qualité d'ouvrier d'étude de travail " méthode, ordonnancement, planification " puis d'ouvrier d'étude de travail " dessin " jusqu'à sa radiation des contrôles du ministre des Armées le 1er avril 2023. Par un courrier du 10 janvier 2022, M. D a formé une demande de liquidation anticipée de sa pension de retraite au titre de travaux insalubres à compter du 1er septembre 2022, qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 8 août 2022. Le recours gracieux de M. D, formé par une lettre du 2 septembre 2022, a été rejeté par une décision du 13 septembre 2022. Par sa requête, il demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme B A, sous-directrice chargée du service des pensions et des risques professionnels, laquelle a été nommée par arrêté du ministre des Armées du 8 juillet 2022. D'une part, il résulte des termes du décret du 29 juin 2020 que le " service des pensions et des risques professionnels " est un service à compétence nationale rattaché au ministère des Armées. D'autre part, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, les chefs des services à compétence nationale peuvent signer, au nom du ministre et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, dans sa rédaction applicable : " I.- La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque l'intéressé est radié des contrôles par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, ou de cinquante-sept ans s'il a effectivement accompli dix-sept ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Les catégories d'emplois comportant ces risques sont déterminées dans les conditions fixées au II ; () II.- La liquidation de la pension à cinquante-sept ans prévue au 1° du I du présent article est réservée aux intéressés accomplissant des travaux ou occupant des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. /Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées : /1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres ; / 2° Soit deux cents jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués jusqu'au 31 décembre 2001 et de cent quatre-vingt jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués à compter du 1er janvier 2002 ". Et aux termes de l'annexe I A du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " XIX. - Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations à celle des rayonnements ultra-violets ou infrarouges dans les postes de travail fixés limitativement comme suit : /Bancs d'essais, moteurs et réacteurs, souffleries, laboratoires d'engins spéciaux, travaux au pistolet ou marteau pneumatique, soudure à l'arc, découpage au chalumeau oxyacétylénique ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat que la liquidation de la pension à cinquante-sept ans qu'elles prévoient est notamment subordonnée à la condition que les intéressés aient accompli, pendant dix-sept périodes annales, soit 300 heures de travail dans une catégorie de travaux insalubres fixée par les annexes du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, soit, selon la période considérée, 190 ou 200 jours de service dans un des emplois insalubres énumérés par les mêmes annexes.
5. Pour refuser à M. D le bénéfice d'une liquidation anticipée de sa pension au titre des travaux insalubres auxquels il a été exposé, le ministre des Armées a considéré que l'attestation produite par l'intéressé " confirme que vous ne détenez pas un poste limitativement fixé à la rubrique XIX, et le fait d'être à proximité ou dans un atelier où d'autres ouvriers détiennent un de ces postes ne permet pas de considérer que vous exerciez des travaux insalubres ". Il en résulte que l'administration s'est bornée à apprécier les activités quotidiennes confiées à M. D, telles qu'elles ont été décrites dans l'attestation de son employeur du 17 juin 2022, pour déterminer si elles étaient susceptibles d'être qualifiées de travaux insalubres au sens de l'annexe précitée du décret du 18 août 1967. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en fixant une condition supplémentaire tenant à la réalisation de travaux insalubres dans le cadre de professions limitativement énumérées et en adéquation avec celles-ci.
6. En troisième lieu, aux termes de l'annexe I D du décret précité du 18 août 1967 : " XV. - Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive de sons ou des ultra-sons produits par sifflet ou sirène, dont l'intensité sonore atteint ou dépasse 120 décibels (seuil de la douleur). /Exemple : floculation de poussières, de fumées, de vapeurs acides, etc., exigeant une puissance sonore de 160 à 180 décibels ".
7. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
8. M. D soutient que les dispositions de l'annexe du décret du 18 août 1967 créent une rupture d'égalité entre les ouvriers d'Etat rattachés au ministère des Armées avec ceux rattachés au ministère de l'Equipement s'agissant de l'exposition aux sons et aux vibrations. Toutefois, les dispositions mises en cause dans la requête ne s'appliquent pas à des situations identiques puisque l'annexe I D précitée vise spécifiquement les sons produits par sifflet ou sirène. Par ailleurs, le ministre des Armées fait valoir à juste titre que l'occurrence relative aux agents " exerçant leur emploi de façon habituelle sur les aérodromes comptant au moins 20.000 mouvements annuels d'aéronefs et soumis à l'action intensive des sons et vibrations " est formulée en termes identiques dans l'annexe II du décret de 1967 pour ces deux ministères. Le moyen de la requête tiré d'une rupture d'égalité entre agents publics sera dès lors écarté.
9. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 août 2022 par laquelle le ministre des Armées a rejeté sa demande tendant à être admis à la retraite anticipée au titre de travaux insalubres à compter du 1er juillet 2021 et la décision du 13 septembre 2022 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".
12. Les dispositions citées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au ministre des Armées. Une copie pour information sera transmise à Me Charlès.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
K. GILLET
Le président,
D. ARTUS Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre des armées et des anciens combatttants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef,
La Greffière,
M. C
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026