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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201710

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201710

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, M. D F, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui remettre ses documents d'identité ou de voyage ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté du 2 décembre 2022 est entaché d'incompétence ;

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement n'est pas établie ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucun formulaire ne lui a été remis ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'en l'absence de garanties de représentation propres à prévenir le risque de fuite, le préfet de la Corrèze pouvait uniquement prononcer son placement en rétention administrative et non l'assigner à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance des droits de la défense.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n°s 361401,361403 du 13 février 2013 du Conseil d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boschet, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique à laquelle le préfet de la Corrèze n'était ni présent ni représenté :

- le rapport de M. G C,

- les observations de Me Moreau, pour M. F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, ressortissant marocain né le 12 octobre 1991, s'est vu notifier des arrêtés des 27 septembre et 2 décembre 2022 par lesquels le préfet de la Corrèze, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours. Par cette requête, M. F demande l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence et, à Paris, le préfet de police ". S'il soutient que l'arrêté en date du 3 décembre 2022 est entaché d'incompétence au motif qu'il n'a pas sa résidence en Corrèze, M. F, qui indique dans ses écritures être sans domicile fixe sur le territoire français, ne justifie aucunement avoir un domicile stable en dehors de ce département. Par suite, en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Corrèze était l'autorité compétente pour l'assigner à résidence dans ce département.

3. D'autre part, Mme E B, sous-préfète d'Ussel, et signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Corrèze du 8 septembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 19-2022-084 du même jour, à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile " en cas d'absence ou d'empêchement de M. Tarrega, secrétaire général. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant assignation à résidence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, selon l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Contrairement à ce que soutient M. F, l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde et est, par suite, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 3 décembre 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Corrèze n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation de M. F.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour (). ". Il résulte des dispositions précitées que la délivrance de l'information qu'elles prévoient doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Elle constitue ainsi une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence dont le défaut ou les éventuelles irrégularités sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

7. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ". Selon l'article L. 731-2 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ". Aux termes de l'article L. 741-1 du même code : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision ".

8. D'une part, alors qu'il est constant qu'en raison de l'arrêté du 27 septembre 2022 qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, il figurait, en application des 1° et 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre des étrangers pouvant être assigné à résidence, M. F, en se bornant à faire valoir qu'aucun laissez-passer n'a encore été délivré, ne conteste pas sérieusement qu'à la date de l'arrêté litigieux, son éloignement était une perspective raisonnable.

9. D'autre part, eu égard notamment aux objectifs poursuivis par la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil, et en particulier par son article 15, les articles L. 731-1, L. 731-2 et L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'opposent pas à ce que les étrangers pouvant être placés en rétention administrative du fait en particulier de l'absence de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution d'une décision d'éloignement fassent l'objet de mesures moins contraignantes, telle une mesure d'assignation à résidence, qui permettent toutefois d'assurer le respect de l'obligation de retour. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 3 décembre 2022 est entaché d'une erreur de droit au motif qu'en raison de l'absence de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de l'arrêté du 27 septembre 2022, le préfet de la Corrèze pouvait uniquement le placer en rétention administrative et non l'assigner à résidence.

10. En sixième lieu, M. F n'invoque aucune disposition législative ou réglementaire qui aurait été méconnue et qui imposerait le respect d'une procédure contradictoire préalablement à l'édiction d'un arrêté portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de la " méconnaissance des droits de la défense ", tel qu'il est invoqué par M. F, doit être écarté. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 19 septembre 2022 notifié le même jour à 14h20, le préfet de la Corrèze a informé l'intéressé de son intention de prendre une mesure d'éloignement et l'a invité à formuler des observations écrites et, le cas échéant, orales sur cette mesure en se faisant assister au besoin par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix et qu'il a présenté des observations. Il n'est pas établi ni même allégué que M. F aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation ni qu'il était en mesure de faire valoir des éléments pertinents susceptibles d'influer sur le sens de l'arrêté litigieux.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. F doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. F est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022 à 15h00.

Le magistrat désigné,

J.B. CLe greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

Le Greffier

M. A

No 2201710

mf

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