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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201741

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201741

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. D F, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction qui lui a été infligée le 30 juin 2022 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité ayant décidé des poursuites n'était pas compétente pour le faire, en méconnaissance de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;

- la compétence du président de la commission de discipline n'est pas établie ; il n'est pas établi que le premier assesseur ne soit pas le rédacteur du compte rendu d'incident ;

- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, il n'a insulté les surveillants pénitentiaires ;

- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique, dès lors que le propos qui lui sont attribués ont été tenu dans le cadre d'une conversation téléphonique privée ;

- la sanction contestée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée :

- le rapport de M. Gazeyeff ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F a été incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur entre le 31 mars et le 15 avril 2022, puis entre le 11 mai 2022 et le 5 septembre 2022. Le 13 juin 2022, il a fait l'objet d'un compte-rendu d'incident faisant état de ce qu'il aurait proféré des insultes à l'encontre du personnel pénitentiaire. Le président de la commission de discipline, réunie le 30 juin 2022, a par une décision du même jour prononcé à l'encontre de l'intéressé une sanction de 12 jours de confinement en cellule. Par un courrier daté du 6 juillet 2022, M. F par l'intermédiaire de son conseil, a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 26 juillet 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours. M. F demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. () ". L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En outre, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".

5. En vertu de l'article 7 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-126 du 12 octobre 2021, M. G E était, en sa qualité de commandant, compétent pour décider, le 15 juin 2022, de l'engagement des poursuites disciplinaires contre M. F en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'engagement des poursuites manque en fait et doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".

9. D'une part, en vertu de l'article 5 d'une décision du 10 janvier 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre du 12 octobre 2021, Mme B A, en sa qualité de chef de détention, disposait, d'une délégation de signature pour présider la commission de discipline de l'établissement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du registre de la commission de discipline, que Mme A était assistée de deux assesseurs, et que M. I C, rédacteur du compte- rendu d'incident, n'était pas désigné en cette qualité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité la composition de la commission de discipline, ainsi que le moyen tiré de l'incompétence de la présidente de la commission de discipline doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale dans sa rédaction alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; () ".

11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

12. M. F soutient que la matérialité des faits n'est pas établie, toutefois, il ressort des mentions du compte-rendu d'incident ainsi que du rapport d'enquête que M. F, lorsqu'un agent pénitentiaire lui a demandé, après un rapport du service des écoutes, d'arrêter d'insulter le personnel pénitentiaire dans le cadre de ses conversations téléphoniques, a réitéré ses propos en ces termes " oui tes collèges sont des fils de pute, oui tes collègues sont des fils de chien, met moi un rapport je m'en bat les couilles ". En se bornant à nier formellement les faits, alors que les propos précités sont cohérents avec la retranscription des écoutes téléphoniques, M. F ne démontre pas que la sanction disciplinaire contestée serait fondée sur des faits matériellement inexacts.

13. Si M. F soutient que les insultes dirigées contre les membres du personnel pénitentiaire proférées dans le cadre d'une conversation privée ne constituent pas des faits susceptibles de faire l'objet d'une sanction, il ressort des motifs de la décision contestée que l'intéressé a été sanctionné exclusivement du fait des propos tenus directement à l'encontre de l'agent pénitentiaire. Des lors, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits est inopérant et ne peut qu'être écarté.

14. Enfin, il ressort de la synthèse des comparutions en commission de discipline de l'intéressé que M. F a été sanctionné à onze reprises en 2020, à cinq reprises en 2021 et à trois autres reprises en 2022. Compte tenu de ces éléments et du comportement général de l'intéressé, la sanction de confinement en cellule pour une durée de douze jours n'était pas, en l'espèce, disproportionnée au regard des faits commis. Par suite, le moyen selon lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon aurait pris une sanction disproportionnée doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui avait été infligée le 30 juin 2022 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur. Par suite, la requête de M. F doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. F est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D F, à l'Aarpi Thémis et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller

- M. Gazeyeff, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne

au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. H

jb

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