mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201797 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 décembre 2022 et le 31 août 2023, M. A D, représenté par Me David, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2022 par laquelle la Première ministre a prolongé au-delà d'un an son placement au quartier d'isolement à compter du 29 novembre 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- l'acte de délégation de signature visant l'auteur de la décision attaquée n'a pas fait l'objet de mesures de publicité permettant aux détenus d'en prendre connaissance ;
- elle est irrégulière en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à la mesure ;
- elle est insuffisamment motivée et n'est en tout état de cause pas spécialement motivée au regard de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire ;
- il revient à l'administration de produire l'avis du médecin tel que prévu par l'article R. 213-21 du même code ;
- elle méconnaît l'article R. 213-23 du code pénitentiaire ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 16 janvier 2024, le Premier ministre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de Mme Chambellant, conseillère,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, incarcéré depuis le 27 janvier 2004, a fait l'objet de plusieurs transferts vers des centres pénitentiaires situés en province. Par une décision du 27 septembre 2022, dont M. D demande l'annulation, le Premier ministre a prolongé sa mise à l'isolement du 29 novembre 2022 au 28 février 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, la décision de prolongation de l'isolement a été signée par M. C B, sous-directeur de la sécurité pénitentiaire, à qui le Premier ministre a donné délégation, à cet effet, par un décret du 8 juillet 2022, régulièrement publié au Journal officiel du 9 juillet 2022.
3. En deuxième lieu, eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, la publication de ce décret au Journal officiel, qui permet de lui donner date certaine, a constitué une mesure de publicité suffisante pour la rendre opposable aux tiers, notamment à l'égard des détenus de la maison centrale de Saint-Maur où était incarcéré M. D à la date de la décision contestée. La décision attaquée a ainsi été signée régulièrement, par délégation, par son auteur.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. / Le chef de l'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du garde des sceaux, ministre de la justice. / La décision est motivée. () ".
5. Il ressort du dossier que M. D, après avoir été informé que la prolongation de son isolement était envisagée et avoir été informé de ses droits par un document écrit qui lui a été remis le 21 novembre 2022, a indiqué ce même jour qu'il souhaitait présenter des observations et être assisté par Me David. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. D a pu présenter ses observations lors de l'audience du 22 novembre 2022. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de ce que ses observations n'ont pas été recueillies préalablement à l'édiction de la décision contestée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 213-30 du code pénitentiaire : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. / L'avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement pénitentiaire est recueilli préalablement à toute proposition de renouvellement de la mesure au-delà de six mois et versé au dossier de la procédure ".
7. Il ressort des pièces du dossier d'une part que la décision contestée a été prise au vu d'un avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement, recueilli le 22 novembre 2022 et d'autre part, que l'avis du médecin psychiatre a été sollicité suite aux recommandations du médecin intervenant dans l'établissement le même jour. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. D a par la suite refusé de se rendre à cette consultation auprès du médecin psychiatre. Par suite, le Premier ministre établit avoir entrepris toutes les démarches nécessaires pour obtenir cet avis. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'avis médical doit être écarté, aucun élément ne permettant au demeurant de conclure que le médecin n'aurait procédé qu'à un examen partiel du détenu et n'aurait pas pris en compte ses problèmes psychiatriques.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée ".
9. D'une part, la décision attaquée, qui vise les articles L. 213-8, R. 213-18 à R. 213-26, R. 213-30 à R. 213-35 du code pénitentiaire, énonce les considérations de fait au regard desquelles elle a été prise. Ces mentions sont de nature à mettre en mesure M. D de discuter utilement les motifs de précaution et de sécurité ayant fondé la décision contestée. D'autre part, les termes de la décision contestée permettent de s'assurer qu'elle est spécialement motivée au regard de la durée de l'isolement de M. D et de l'absence d'autre moyen d'assurer la sécurité des personnes. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
10. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée. (). "
11. Ni ces dispositions, non plus qu'aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit, n'imposent au chef d'établissement qui, en vue de prévenir une atteinte à l'ordre public carcéral, prend une décision de placement d'une personne détenue à l'isolement, mesure qui ne revêt pas un caractère disciplinaire, de préciser la durée exacte de la mesure, laquelle ne peut, en tout état de cause, hors prolongation décidée dans les formes légales et réglementaires, excéder une durée de trois mois. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision en litige, en l'informant de la date de début de la mesure et de ce que celle-ci ne pourra se prolonger au-delà de trois mois sauf nouvelle décision, méconnaîtrait, faute de préciser une date de fin de sa mise à l'isolement, une obligation résultant des dispositions susvisées, lesquelles n'imposent pas une telle mention. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration quant à la nécessité d'une mesure d'isolement qu'en cas d'erreur manifeste, afin de laisser à l'autorité pénitentiaire une nécessaire marge d'appréciation quant aux moyens de garantir la sécurité et la protection des personnes à l'intérieur des établissements pénitentiaires. Par suite, les moyens soulevés par le requérant relatifs à la méconnaissance de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire, à la menace qu'il représente pour l'ordre et la sécurité des personnes et de l'établissement, à la nécessité de la mesure d'isolement par rapport à toute autre mesure et à la prise en compte de ses problèmes de santé mentale et de son état de vulnérabilité doivent tous être qualifiés de moyens d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles R. 213-25 et R. 213-30 du code pénitentiaire, précités.
13. En l'espèce, M. D a été placé à l'isolement dans divers établissements depuis le 19 août 2020, soit une durée d'un an, sept mois et huit jours à la date de la décision contestée. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été à l'origine depuis plusieurs années de nombreux incidents en détention, consistant pour la plupart en de la détention d'objets illicites, de refus de réintégrer, de destructions, de violences, d'insultes et de menaces proférées à l'encontre des personnels pénitentiaires, ensemble de faits pour lesquels il a fait l'objet de multiples sanctions disciplinaires. Il ne conteste pas la réitération récente de ces incidents, au centre de détention de Meaux-Chauconin-Neufmontiers où il a été détenu entre le 1er juillet 2022 et le 15 novembre 2022 pour lesquels il a fait l'objet de quatre sanctions disciplinaires. A chaque arrivée dans un nouvel établissement, des tensions se font très rapidement jour entre lui et le personnel pénitentiaire, ne permettant pas d'envisager un retour en détention ordinaire, où le contact plus fréquent avec les autres détenus et le personnel pénitentiaire entraînerait un important risque pour sa sécurité et celle des autres personnes, détenus comme personnels.
14. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée de prolongation de son placement à l'isolement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles R. 213-25 et R. 213-30 du code pénitentiaire, s'agissant de la menace qu'il représente pour le bon ordre et la sécurité des personnes et de l'établissement, de la nécessité de la mesure, de la prise en compte de ses problèmes de santé mentale et de son état de vulnérabilité, le placement à l'isolement apparaissant comme l'unique moyen de gérer son comportement violent et agité à l'extrême.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, le moyen relatif aux conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit être requalifié en moyen d'erreur manifeste d'appréciation. Eu égard aux tensions que son comportement crée vis-à-vis du personnel pénitentiaire, et alors qu'il n'est pas établi que l'absence de contact affecterait particulièrement sa santé mentale, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me David et au Premier ministre.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne
au Premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. E
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026