lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | BOYANCÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 31 janvier et le 13 mars 2023, M. B A, représenté par Me Boyancé, a demandé au tribunal administratif de Bordeaux:
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- son signataire ne justifie pas de sa compétence ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire en litige :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en mentionnant qu'il est démuni de tout document de voyage ;
- il justifie de sa volonté d'intégration et d'une promesse d'embauche ; ses seules attaches familiales sont en France ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle se fonde sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 1er février 2023, au vu de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 1er février 2023 ordonnant la remise en liberté de l'intéressé, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé le dossier de la requête de M. A au tribunal administratif de Limoges, dans le ressort duquel il a déclaré résider, en application des articles R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 1er juin 1995 à Mostaganem, est, selon ses déclarations, entré une première fois irrégulièrement en 2017 ou 2018 en France, d'où, à la suite de son interpellation le 17 septembre 2018 pour trafic de stupéfiants, il a été éloigné le 5 juin 2019 en exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise le 18 décembre 2018 à son encontre par le préfet de la Haute-Vienne, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. A est revenu irrégulièrement en France, à une date indéterminée mais selon ses affirmations en décembre 2022, où il a de nouveau été interpellé pour le même motif qu'en 2018 le 27 janvier 2023. Par un arrêté du 28 janvier 2023, la préfète de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant deux ans, et, le même jour, l'a placé en rétention administrative. Le 30 janvier 2023, M. A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux l'annulation des mesures d'éloignement. Par une ordonnance du 1er février 2023, au vu de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 1er février 2023 ordonnant la remise en liberté de l'intéressé, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé le dossier de la requête de M. A au tribunal.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. En l'absence de preuve de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
4. M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-08-22-00002 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. A ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. A sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation, celui-ci déduit du premier, manquent dès lors en fait et doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, la seule production par M. A à l'instance, postérieurement à la date de la décision en litige à laquelle s'apprécie sa légalité, de son passeport, qu'il alléguait en 2018 avoir laissé en Algérie, avant d'alléguer dans ses écritures contentieuses qu'il se serait trouvé dans des circonstances inconnues à la préfecture de la Corrèze, n'est pas de nature à justifier qu'il était muni de ce document, lequel en tout état de cause n'est pas, étant démuni de visa, un document de voyage permettant en l'espèce une entrée régulière en France, au moment de son interpellation le 27 janvier 2023. C'est dès lors sans entacher sa décision d'une erreur de fait que la préfète a relevé qu'à cette date M. A, qui a déclaré lors de son audition par les services de police le 27 janvier 2023 qu'il n'avait " pas de papiers, ni ici, ni au bled ", et, contrairement à ce qu'il indiquait en 2018, se disait incapable de décrire le drapeau algérien, se trouvait dépourvu de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se borne à faire valoir la présence en France de sa fratrie et d'oncles et tantes, n'établit pas, par ses déclarations contradictoires aux services de police, notamment sur les dates et les circonstances dans lesquelles auraient disparu ses parents, être démuni de liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où il avait été reconduit en 2019 avec interdiction de retour. La seule production d'une promesse d'embauche, conditionnelle, ne saurait, à elle seule, établir son enracinement dans la société française, lequel n'est pas révélé par son comportement, même si la préfète n'a pas fondé sa décision sur l'ordre public. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire en litige.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, l'arrêté vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les faits retenus par la préfète pour caractériser le risque de soustraction à l'éloignement. En se bornant à soutenir, sans autre précision, que la préfète aurait, en retenant ses déclarations par lesquelles il refusait de retourner en Algérie et le défaut de garanties de représentation suffisantes, notamment d'indication d'adresse précise et fiable, M. A n'établit pas que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
10. Il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, l'arrêté mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les considérations de fait sur lesquels la préfète s'est fondée pour édicter une interdiction de retour d'une durée de deux ans, avec une précision suffisante pour en déterminer les éléments retenus pour édicter cette mesure. Il en ressort que, contrairement aux affirmations de M. A, l'administration a procédé à un examen approfondi, détaillé et personnel de la situation de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, d'une part, alors même que M. A n'établit pas ses allégations sur la circonstance que son passeport se serait trouvé à la préfecture de la Corrèze, en se bornant à faire valoir qu'il " aurait pu " y déposer une demande de titre de séjour, il n'établit pas l'erreur de fait qu'il invoque, sans au demeurant indiquer sa consistance. D'autre part, en se bornant à relever dans l'arrêté en litige que M. A, qui par ailleurs l'a expressément indiqué lors de ses auditions, n'a effectué aucune démarche tendant à régulariser son séjour en France " depuis son arrivée en 2016 ", la préfète ne saurait être regardée comme ayant à tort estimé que l'intéressé s'est maintenu depuis 2016 sur le territoire mais, au regard des autres mentions portées dans l'arrêté du 28 janvier 2023 sur les circonstances des séjours de celui-ci en France, a retracé l'irrégularité continue de la situation de M. A tout au long de ceux-ci. Ce faisant, elle n'a entaché sa décision d'aucune erreur de fait. Le moyen qui en est tiré doit par suite être écarté.
13. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. A au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire
Article 2:Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Boyancé et à la préfète de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.
Le magistrat désigné,
D. C
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026