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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300201

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300201

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2023, M. B C, représenté par Me Pion, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2023 à 17h.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Malabre, substituant Me Pion, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

1. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

2. M. C, ressortissant nigérien, né en 1995, est entré en France le 15 juillet 2017 de façon irrégulière selon ses déclarations. Le 15 mars 2018, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 20 mars 2018 du tribunal administratif de Limoges. Le requérant s'est maintenu sur le territoire français et a formulé une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er avril 2021. Il a fait l'objet le 26 avril 2021 d'un arrêté portant retrait de son attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire. Le 3 août 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens familiaux en France, qui a été rejetée par une décision du 26 janvier 2022 de la préfète de la Haute-Vienne. Le 29 juillet 2022, il a présenté une nouvelle demande au titre de ses liens privés et familiaux en France. M. C fait valoir qu'il vit depuis le mois de juillet 2020 avec Mme D, ressortissante nigérienne titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 avril 2024, entrée en France en 2011, avec laquelle il a eu un enfant né le 8 avril 2021, et qu'il s'est investi dans la vie de Gabriel, le fils de sa compagne, dont il est la seule figure paternelle. Si la décision en litige retient que la vie commune n'est attestée qu'à compter du mois de juin 2021 et qu'elle serait récente, M. C produit plusieurs documents, dont un avis d'imposition établi au mois de juillet 2020, comportant la même adresse que celle figurant sur le titre de séjour de sa compagne valable du 23 avril 1993 au 22 avril 2024. Ainsi, à la date de la décision attaquée, l'existence d'une vie commune de plus de deux ans est établie. Par ailleurs, le requérant produit une attestation de la crèche qui accueille son fils, ainsi que d'un médecin du pôle solidarité enfance du département de la Haute-Vienne attestant de la présence régulière du père auprès de son enfant. Dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que la conjointe du requérant n'a pas vocation, eu égard à sa situation administrative, à repartir dans son pays d'origine, M. C est fondé à soutenir que le refus de séjour en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit, pour ce motif, être annulé.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, le présent jugement implique nécessairement que soit délivré au requérant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de procéder à cette délivrance dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pion renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce conseil d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2:Il est enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Pion, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Pion et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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