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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300206

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300206

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme B N'Cho, représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté est illégal dès lors que :

- elle est la mère d'un enfant français et est pacsée avec un ressortissant français ; la préfète de la Haute-Vienne n'a pas examiné sa demande au regard de cette situation ;

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- la décision de refus de titre méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2023 à 17h.

Mme N'Cho a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

1. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme N'Cho a sollicité un titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux sur le territoire, et non en qualité de parent d'enfant français. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas examiné la situation de la requérante au regard de sa qualité de parent d'enfant français doit être écarté comme inopérant.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, quant à lui, que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

3. Mme N'Cho, ressortissante ivoirienne née en 1992, est entrée sur le territoire français le 19 décembre 2018 sous couvert d'un visa court séjour. Elle est la mère d'un enfant né le 2 juillet 2019. Si la requérante fait valoir que le père de son enfant est un ressortissant français, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que ce dernier entretiendrait des liens avec son fils ou participerait à son éducation. Mme N'Cho fait, en outre, valoir qu'elle réside avec un ressortissant français avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité le 20 janvier 2023, et que deux de ses frères résident en France. Toutefois, ce PACS est postérieur à l'arrêté attaqué et elle ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation avec son compagnon. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que Mme N'Cho n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident son fils aîné, sa mère et plusieurs de ses frères et sœurs. Dans ces conditions, et en dépit de sa maîtrise de la langue française, la décision contestée de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme N'Cho au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435 ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Ainsi, dès lors que la requérante n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un des titres de séjour qui sont énumérés par ces dispositions, la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme N'Cho n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de Mme N'Cho doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme N'Cho est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B N'Cho, à Me Karakus et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

N. C

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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