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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300221

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300221

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2023, M. C B, représenté par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- justifiant résider depuis plus de dix ans en France, cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- cette décision ne satisfait pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;

- il reprend, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens soulevés à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant burkinabé né en 1982, M. B déclare être entré irrégulièrement en France en juin 2011. Après avoir vu sa demande d'asile rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 octobre 2013, il a déposé deux demandes de réexamen qui ont été rejetées par des décisions des 12 août 2015 et 18 novembre 2019 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). M. B a formé un recours contre cette seconde décision, qui a été rejeté par une ordonnance du 20 février 2020 de la CNDA. Le 31 juillet 2020, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour pour motifs professionnels, demande qui a été rejetée par un arrêté du 28 août 2020 du préfet de la Haute-Vienne l'obligeant également à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par M. B à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2001381 du 16 décembre 2020 du tribunal, confirmé en appel par une ordonnance n° 21BX00116 du 15 juillet 2021 du président de la 1ère chambre de la cour administrative d'appel de Bordeaux. S'étant par la suite vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé valable du 27 décembre 2021 au 26 décembre 2022, il en a demandé le renouvellement le 20 octobre 2022. Par un arrêté du 6 janvier 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-08-2-00002 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, qui n'a pas à détailler les raisons pour lesquelles l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur un avis du 12 décembre 2022 par lequel le collège de médecins de l'Ofii a estimé qu'un défaut de prise en charge médicale est susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. En se bornant, en se fondant sur un article de presse relatif à la médecine hématologique au Burkina Faso, à faire valoir que ce pays ne dispose que de cinq médecins hématologues pour environ 20 millions d'habitants et que les moyens humains et matériels y sont insuffisants pour assurer une prise en charge adaptée à son état de santé, M. B ne peut être regardé comme apportant devant le tribunal des éléments suffisamment probants de nature à renverser la présomption qui résulte de l'avis du 12 décembre 2022 du collège de médecins de l'Ofii. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait fait une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Si M. B se prévaut de ce qu'il vit en France depuis le 18 juin 2011, les seuls éléments qu'il produit ne permettent pas, comme l'avaient d'ailleurs déjà retenu le tribunal et la cour administrative d'appel de Bordeaux dans leur jugement et arrêt des 16 décembre 2020 et 15 juillet 2021, de le regarder comme justifiant qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis cette date. Outre que la carte de séjour temporaire qui lui a été délivrée en raison de son état de santé pour la période du 27 décembre 2021 au 26 décembre 2022 ne lui donnait pas vocation à rester durablement en France, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 28 août 2020, d'une première mesure d'éloignement. Célibataire et sans enfant à charge en France, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses trois enfants. Si les activités professionnelles et associatives qu'il a exercées depuis l'année 2019 témoignent de réels efforts d'intégration, ils ne suffisent cependant pas, compte tenu de sa situation prise dans son ensemble et de l'absence de preuve de ce que sa vie serait effectivement menacée du fait de sa confession chrétienne dans son pays d'origine, à le regarder comme justifiant de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Haute-Vienne ne lui a pas délivré un titre de séjour sur ce fondement.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Selon le deuxième alinéa de l'article L. 435-1 de ce code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas remplir effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, par les seuls éléments qu'il produit, le requérant ne peut être regardé comme justifiant de ce que, à la date de la décision en litige, il résidait en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Vienne n'était pas tenue de saisir préalablement pour avis la commission du titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

13. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, comme il a été indiqué au point 3, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

14. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

15. En quatrième lieu, l'intéressé ne peut utilement soulever, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens qu'il avait soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a fixé le pays de renvoi porterait une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Dumont et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

J.B. A

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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