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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300273

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300273

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPREGUIMBEAU-GREZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 23 et 28 février 2023, et le 15 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Preguimbeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 7 février 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, au bénéfice de son conseil, d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, à savoir un droit de plaidoirie de treize euros.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- l'identité du signataire n'étant pas précisée, le tribunal ne peut pas vérifier sa compétence ;

Sur la décision de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'instruction de sa demande en qualité de salarié ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision refusant sa régularisation en qualité de salariée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation privée et familiale.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision porte une atteinte excessive aux droits de l'enfant, protégés par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

1. M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne, signataire de l'arrêté en litige, et dont le nom figure sur l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-08-22-00002 du même jour, à l'effet notamment de signer les " arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle et professionnelle de la requérante, et notamment la promesse d'embauche produite au soutien de sa demande, et qui énonce que la requérante ne remplit pas la condition de visa long séjour permettant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée, que la préfète de la Haute-Vienne aurait omis d'instruire sa demande en cette qualité. Ce moyen doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

4. Mme C, ressortissante algérienne, ne conteste pas la mention figurant sur la décision en litige selon laquelle elle est entrée sur le territoire français dépourvue de tout visa. Ainsi, la préfète de la Haute-Vienne pouvait refuser, sur le fondement des stipulations citées au point précédent, de lui délivrer le titre de séjour sollicité pour ce seul motif sans entacher ce refus d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation. Dans ces conditions, et au regard du motif de refus fondant la décision attaquée, la circonstance selon laquelle la requérante serait consciencieuse dans l'exercice de sa profession et motivée pour s'intégrer professionnellement est sans influence sur sa légalité. En outre, il ressort des pièces du dossier et des énonciations de la décision attaquée, que la préfète, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, a examiné la situation personnelle de la requérante et qu'elle ne s'est pas estimée en situation de compétence liée du fait de l'absence de visa long séjour. Le moyen doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, Mme C, ressortissante algérienne née en 1983, est entrée au mois d'août 2019 sur le territoire français de façon irrégulière. Elle fait valoir que sa présence en France est nécessaire afin que le père de son enfant né en 2013 en Algérie puisse exercer son droit de visite, qu'elle est parfaitement intégrée en France où elle suit des cours de français et exerce des activités bénévoles dans des associations, que son enfant est scolarisé depuis plusieurs années sur le territoire, et que plusieurs de ses frères et sœurs résident en France, dont une a la nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la plainte présentée le 25 février 2022 par la requérante que le père de l'enfant ne contribue pas financièrement à son éducation et n'exerce pas son droit de visite. Le jugement de divorce rendu le 5 janvier 2023 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Limoges, a relevé que le père de l'enfant n'avait ni vu son fils, ni pris de ses nouvelles depuis plusieurs années, et a estimé que l'intérêt de l'enfant justifiait que l'exercice de l'autorité parentale soit confié à sa mère. Il ressort, par ailleurs, du formulaire de demande de titre de séjour que Mme C n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans, où résident ses parents et deux de ses frères et sœurs. Dans ces conditions, au regard du caractère récent de la présence en France de l'intéressée et de son fils, et en dépit de son investissement dans des activités associatives ainsi que dans l'apprentissage de la langue française, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux effets de la décision sur la vie familiale et privée de la requérante. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, et dès lors, d'une part, qu'il n'est pas démontré que le père de l'enfant contribuerait à son éducation ou exercerait son droit de visite, et, d'autre part, qu'il n'est pas établi qu'il existerait un obstacle à ce que le fils de la requérante, qui a vécu jusqu'à l'âge de six ans en Algérie, y poursuive sa scolarité, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français contreviendrait à l'intérêt supérieur du fils de la requérante, tel qu'il est garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit être écarté.

Sur la légalité fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, la décision en litige, qui énonce que la requérante a déclaré être de nationalité algérienne et qu'elle ne démontre ni n'allègue être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoquée par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige et des dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Préguimbeau et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

N. D

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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