mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ZOUNGRANA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2300754 du 22 février 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a transmis le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Limoges.
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, M. B A, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé de lui renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer le certificat de résidence sollicité ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la préfète de la Corrèze a commis une erreur de droit en lui opposant la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors que la réserve générale de la menace à l'ordre public n'est pas opposable aux étrangers dont la situation est, comme en l'espèce, régie par le livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier par les articles L. 233-1 et L. 233-2 de ce code ;
- l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne conditionne ni la délivrance ni le renouvellement de la carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne à l'existence d'une communauté de vie effective ;
- en retenant qu'il ne justifiait pas d'une communauté de vie avec son épouse, le préfet de la Corrèze a commis une erreur d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 février et 16 mars 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 9 avril 1989, M. A est entré régulièrement en France le 18 octobre 2014. A la suite de son mariage le 14 juillet 2020 avec une ressortissante belge née le 20 mai 1968, il s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne valable du 11 mars 2021 au 10 mars 2022. Le 28 juillet 2022 il a demandé le " renouvellement " de ce titre de séjour. Par un arrêté du 24 novembre 2022, le préfet de la Corrèze a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inséré au livre II de ce code relatif aux dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et à leur famille : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : () / 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 ". Selon l'article L. 200-4 de ce code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ". Selon l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois ".
3. Il résulte de ces dispositions que la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour à un ressortissant d'un État tiers en sa qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne résidant dans le pays d'accueil n'est subordonnée à aucune condition de communauté de vie entre les époux mais uniquement à la persistance du mariage.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, le préfet de la Corrèze s'est d'abord fondé sur la circonstance qu'au vu des seules pièces produites par l'intéressé et d'un rapport d'enquête de police établi le 26 août 2022, la communauté de vie avec son épouse n'était pas établie. Or, alors qu'il n'est pas contesté que M. A était toujours marié à une ressortissante belge vivant en France à la date de l'arrêté en litige, il résulte de ce qui a été indiqué au point 3 que le préfet de la Corrèze a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de communauté de vie avec son épouse pour lui refuser un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En second lieu, l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". L'article L. 412-5 de ce code dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
6. Il ressort des termes de l'arrêté du 24 novembre 2022 que, pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de la Corrèze, se référant aux dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la réserve générale d'ordre public pouvant être opposée aux algériens demandant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, s'est également fondé sur la circonstance que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.
7. Cependant, d'une part, il est constant que M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
8. D'autre part, il résulte des dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, destinées à assurer la transposition de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, que les membres de famille d'un citoyen de l'Union bénéficient d'un régime spécial en matière de séjour et d'éloignement, plus favorable que celui applicable aux autres étrangers. En vertu d'une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne, les mesures justifiées par des raisons d'ordre public ou de sécurité publique visées par la directive 2004/38/CE ne peuvent être prises que si, après une appréciation au cas par cas de la part des autorités nationales compétentes, il s'avère que le comportement individuel de la personne concernée représente actuellement un danger réel et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.
9. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 8 et 9, il appartenait au préfet de la Corrèze d'apprécier, en application des dispositions spécifiques prévues à l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprétées à la lumière du droit de l'Union européenne, si le comportement individuel de M. A représentait " du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". En se bornant uniquement à se fonder sur la circonstance que la présence du requérant constituait une " menace pour l'ordre public " en application des dispositions de l'article L. 412-5 et de la réserve générale d'ordre public pouvant être opposée aux ressortissants algériens qui demandent un titre de séjour en vertu de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Corrèze a commis une erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Corrèze a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne et, par voie de conséquence, de l'ensemble des décisions subséquentes contenues dans l'arrêté du même jour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, l'épouse de M. A entrerait effectivement dans un des cas prévus aux 1° et 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2022 prononcée par ce jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. A. Il appartiendra au préfet de la Corrèze de procéder à ce réexamen dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Zoungrana dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 24 novembre 2022 du préfet de la Corrèze est annulé.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. A la somme de mille deux cents (1 200) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Ce jugement sera notifié à M. B A, à Me Zoungrane et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
Le rapporteur,
J.B. C
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026