mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. A B, représenté par Me Dia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 920 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est dépourvue de motivation et d'un examen approfondi de sa demande ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait infractionnel opposé qui ne lui a jamais été notifié et de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les observations de Me Dia, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né en 1974, est entré en France en 2009. Il dispose depuis le 5 novembre 2012 d'un titre de séjour " vie privée et familiale " régulièrement renouvelé, jusqu'au 20 novembre 2023. Il a sollicité le 21 avril 2022, la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 21 novembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé un refus. Le requérant a formé un recours gracieux par le biais de son conseil le 30 décembre 2022. Par lettre du 6 janvier 2023 dont il demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté son recours.
2. Il est toujours loisible à toute personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. M. B doit être regardé comme sollicitant l'annulation de la décision du 21 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'une carte de résident ainsi que, par voie de conséquence, le rejet le 6 janvier 2023 de son recours gracieux présenté à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2022-129 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance de la carte de résident vise le texte dont elle fait application, l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le maire de Limoges consulté sur l'intégration de M. B a émis un avis favorable, qu'une condamnation a été prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Limoges témoignant d'une absence d'intégration et qu'un titre de séjour d'un an lui sera délivré. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen de sa demande doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
7. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. (). Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () "
8. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance d'une carte de résident à M. B, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il représentait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 15 mars 2021 par le tribunal judiciaire de Limoges à une amende de 200 euros pour conduite d'un véhicule sans permis et que ces faits ne témoigneraient pas de sa réelle intégration dans la société française. Toutefois, si cette condamnation est récente, d'une part elle n'apparaît pas sur le bulletin n° 3 en date du 6 décembre 2022 lequel comporte uniquement les condamnations les plus graves et il ressort du bulletin n° 2 produit en défense qu'il a fait l'objet d'une ordonnance pénale, procédure simplifiée réservée aux affaires pénales simples et de faible gravité. Dans ces conditions, c'est à tort que la préfète de la Haute-Vienne a refusé la délivrance d'une carte de résident à M. B au seul motif que ce dernier constituait une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.
9. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. La préfète de la Haute-Vienne doit être regardée comme invoquant, dans son mémoire communiqué à M. B, un autre motif tiré de ce qu'il ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, de ressources stables et suffisantes pour la délivrance d'une carte de résident.
11. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, sur les cinq années précédant sa demande, l'intéressé n'a pas perçu de revenus d'un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Si M. B soutient avoir travaillé auprès de plusieurs entreprises depuis 2016, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire produits à l'appui de sa requête, qu'il a effectué des missions d'intérim pendant 67 jours en 2019, 18 jours en 2020 et 20 jours en 2022. De même, les avis d'imposition au titre de l'impôt sur le revenu de 2018, 2020 et 2021 produits pas le préfet en défense mentionnent des montants de revenus annuels respectivement de 8 455 euros, 2 250 euros et 5 277 euros. Dès lors, M. B ne justifie ni de la stabilité ni de la suffisance de ses ressources sur les cinq années précédant sa demande de carte de résident et la préfète de la Haute-Vienne pouvait légalement rejeter sa demande pour ce seul motif. Il y a lieu dès lors de procéder à la substitution de motifs, qui ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Boschet, premier conseiller,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026