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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300346

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300346

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées respectivement le 9 mars 2023 et le 29 mars 2023, M. D A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il est de nationalité italienne et à ce titre il peut bénéficier d'un titre de séjour en qualité de citoyen de l'Union européenne ;

- en tout état de cause, il peut bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1996, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 septembre 2018. Par une demande datée du 26 juin 2021 il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, en qualité de citoyen européen exerçant une activité professionnelle en France et en se prévalant de sa nationalité italienne, puis une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par une décision du 9 janvier 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à ces demandes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de titre de séjour attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle mentionne notamment les articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers ainsi que les articles L. 421-1 et

L. 435-1 du même code dont elle fait application. Par ailleurs, elle fait état de manière suffisamment circonstanciée des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, sans que n'ait d'incidence à cet égard la circonstance qu'elle mentionne à tort que M. A est célibataire et sans enfant sur le territoire, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait informé l'administration de la naissance de son fils sur le territoire français le 27 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France () ".

5. Si M. A soutient qu'il est de nationalité italienne et qu'il est titulaire d'une carte d'identité délivré par les autorités italiennes, il ressort toutefois des pièces du dossier que la carte d'identité italienne dont il se prévaut porte la mention " carta non valida per espatrio " et n'est délivrée qu'à des fins d'authentification et n'a aucun effet juridique en dehors de sa zone de validité qui se limite au territoire italien. Qu'ainsi, M. A, qui selon ses déclarations, a seulement séjourné en Italie entre le mois de mai 2016 et le mois de septembre 2018 et ne conteste pas sérieusement être de nationalité guinéenne, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Haute-Vienne a estimé qu'il n'était pas de nationalité italienne et qu'en conséquence il ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour en qualité de citoyen européen.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis le mois de septembre 2018 et se prévaut de son intégration professionnelle. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie effectivement d'une activité professionnelle en qualité d'ouvrier agricole dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée pour les périodes comprises entre le 16 et le 29 juillet 2019, entre le 6 janvier et le 7 février 2020, entre le 24 août et le 17 octobre 2020, entre le 1er et le 24 décembre 2020, entre le 1er et le 25 février 2020 et entre le 26 mars et le 17 avril 2020, le caractère récent et discontinu de celle-ci à la date de la décision attaquée ne permet pas de caractériser l'existence de motifs exceptionnels exigés par les dispositions précitées pour la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Vienne a rejeté la demande du requérant sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. En l'espèce, M. A soutient être entré en France en 2018 et fait état d'une relation de concubinage avec Mme B C, qui est de nationalité guinéenne et qui a récemment déposé en France une demande d'asile, et de la naissance sur le territoire de leur fils le 27 octobre 2022. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir l'existence d'une communauté de vie et son caractère suffisamment ancien et stable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est pas dépourvu de tout liens familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où résident ses deux autres enfants, son frère, sa sœur et sa mère. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir

que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Dounies et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

FJ. REVEL

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La greffière

M. E00if

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