mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MALABRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Malabre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'une carte de résident de dix ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, et à titre subsidiaire, de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 920 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis du maire qui selon l'administration est favorable et qu'il lui appartiendra par conséquent de justifier ;
- viole l'autorité de la chose jugée en ce qu'elle conteste sa qualité de parent d'enfant français en reprenant le motif d'absence de contribution du père de sa fille annulé par le tribunal administratif de Limoges le 5 avril 2019 ;
- viole l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle a bénéficié à trois reprises d'une carte de séjour mention " parent d'enfant français " ;
- est entachée d'une erreur de droit et de fait en ce qu'elle se fonde sur le défaut de réponse à une demande de complément de l'administration alors qu'elle a de nouveau adressé les documents déjà envoyés auparavant qu'elle a pris soin de réactualiser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les observations de Me Malabre, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née en 1997, est entrée en France le 10 avril 2016. Elle a sollicité le 24 mai 2017 la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 5 avril 2019, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 1900964 du 17 octobre 2019 dont le préfet n'a pas relevé appel, le tribunal administratif de Limoges a annulé cet arrêté au motif que la décision de refus de titre de séjour, dès lors que l'administration n'apportait pas la preuve d'une fraude à la filiation de l'enfant français de Mme A, méconnaissait le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois. Mme A a été munie d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " le 18 novembre 2019, régulièrement renouvelée jusqu'au 29 octobre 2022. Elle a sollicité le 5 juillet 2022, la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 16 janvier 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne lui a opposé un refus et lui a délivré à nouveau une carte de séjour pluriannuelle de deux ans portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. (). ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du maire de la commune de résidence de la requérante prévu par les dispositions précitées et visé dans la décision attaquée a bien été sollicité par bordereau d'envoi du préfet de la Haute-Vienne du 2 novembre 2022 ainsi qu'en atteste la communication en défense de la réponse du maire apposé sur ce même bordereau. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine du maire sera écarté.
4. En deuxième lieu, la requérante soutient qu'en application du principe de l'autorité de la chose jugée, la préfète de la Haute-Vienne ne pouvait lui contester son statut de parent d'enfant français pour lui refuser la délivrance d'une carte de résident dès lors que par un jugement du 17 octobre 2019, le tribunal administratif de Limoges a annulé un précédent refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire " parent d'enfant français " en méconnaissance des dispositions du 6°) de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Il ressort toutefois des pièces du dossier que par un courrier du 23 novembre 2022, la préfète a sollicité de la requérante un certain nombre de documents dont un jugement du juge aux affaires familiales concernant l'autorité parentale et les modalités de garde de son enfant, une attestation bancaire indiquant le versement d'une pension alimentaire et attestant de la contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant et une attestation récente de paiement des prestations CAF. La décision attaquée après avoir rappelé à Mme A que le décret n° 2019-141 du 27 février 2019 pris pour application de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie avait modifié les conditions de délivrance du titre de séjour " parent d'enfant français " afin de mieux prendre en compte l'intérêt de l'enfant, précise qu'elle ne lui avait transmis aucun document concernant le père de son enfant justifiant ainsi le refus de sa demande de carte de résident et d'en déduire que le statut de " parent d'enfant français " ne pouvait lui être renouvelé. Ainsi, la nature des documents demandés ne révèle pas de la part de la préfète de la Haute-Vienne un refus fondé sur la contestation de la qualité de " parent d'enfant français " mais sur la participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant par le parent à l'égard duquel la filiation française est établie en application des nouvelles dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables depuis le 1er mai 2021. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée sera écarté.
5. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / L'enfant visé au premier alinéa s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () "
7. Il résulte des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.
8. La délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans si elle est conditionnée à la détention depuis au moins trois ans d'une carte de séjour temporaire " parent d'enfant français " satisfaite en l'espèce par la requérante, doit également répondre aux conditions prévues pour l'obtention de ladite carte de séjour temporaire. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, de la relation entre Mme A et M. B de nationalité française, est née la jeune D, également de nationalité française par filiation avec son père. Il est constant que Mme A contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis la naissance de celle-ci, conformément à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en dépit de la demande de pièces complémentaires du 23 novembre 2022, la requérante n'a pas communiqué aux services de la préfecture les documents permettant d'attester que le père de son enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation ou en cas de séparation du couple bénéficie d'un droit de visite et d'une éventuelle dispense de participation financière décidée par le juge aux affaires familiales en cas d'impécuniosité de M. B. Les attestations des relations du couple pour leur grande majorité non datées ainsi que celle de M. B, ne permettent pas d'attester d'une telle contribution. Si la requérante fait valoir que le père de son enfant français a d'autres enfants et qu'il a perdu son emploi ne lui permettant ainsi plus de disposer des ressources nécessaires pour verser les mêmes sommes qu'auparavant, elle n'apporte aucun élément à même de justifier de cette perte d'emploi ni du versement de sommes d'argent avant cette perte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de droit en ce que la préfète se serait fondée exclusivement sur l'absence de réponse à sa demande d'élément d'information sur la contribution effective de M. B à l'entretien et l'éducation de sa fille dont la satisfaction conditionne la délivrance de la carte de résident de dix ans.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 janvier 2023 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Malabre et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Boschet, premier conseiller,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. E
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026