jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KARAKUS-GURSAL HANIFE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2023 et une pièce complémentaire enregistrée le 24 mars 2023 M. B C, représenté par Me Karakus, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de départ de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, les conditions prévues au 6° de l'article L. 313-11 étant remplies, la commission du titre de séjour devait préalablement être saisie pour avis ;
- cet arrêté porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand-Jaillet ;
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant arménien né le 15 décembre 1989 à Leminakan, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 25 août 2010 en France où il a demandé l'asile le 11 octobre suivant. Sa demande a été rejetée le 16 décembre 2010 par une décision, notifiée le 28 décembre 2010, de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée le 24 novembre 2011 par la Cour nationale du droit d'asile. M. C a toutefois été admis, à compter du 29 septembre 2011, à séjourner en France en qualité d'étranger malade par un titre qui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 1er septembre 2017, avant que, par un arrêté du 15 novembre 2018, pris au vu d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) en date du 9 avril 2018, et devenu définitif après le rejet du recours de M. C en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 11 février 2020, le préfet de la Haute-Vienne lui en refuse le renouvellement, l'oblige à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, et fixe le pays de destination, et, par un autre arrêté du 29 août 2019, l'assigne à résidence. L'éloignement de M. C a été exécuté le 1er octobre 2019, mais M. C soutient qu'il est revenu, irrégulièrement, en France, dès novembre 2019. Le 1er février 2022, il a sollicité la régularisation de sa situation au titre du travail. Par un arrêté du 20 janvier 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande et lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé son pays d'origine pour destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.
3. D'une part, si M. C est entré, irrégulièrement, en France une première fois le 25 août 2010, il en a été éloigné vers son pays d'origine le 1er octobre 2019 en exécution d'une mesure devenue définitive après l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 11 février 2020 et ne justifie avoir séjourné régulièrement sur le territoire que du 11 octobre 2010 au 24 novembre 2011, en qualité de demandeur d'asile, et, temporairement pour y recevoir des soins, du 29 septembre 2011 au 15 novembre 2018, en qualité d'étranger malade, jusqu'au rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. S'il affirme être revenu, au demeurant irrégulièrement, en France en novembre 2019 presque immédiatement après la mesure d'éloignement forcé dont il a été l'objet pour se maintenir depuis en situation irrégulière, il n'en justifie pas, avant sa demande de séjour, présentée le 1er février 2022, rejetée par l'arrêté en litige. M. C n'établit ainsi pas, et il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'il résiderait, comme il l'allègue à l'appui de sa requête, habituellement en France depuis plus de dix ans.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant arménien, célibataire et sans enfant, était entré irrégulièrement en France, pour la première fois en 2010, à l'âge de vingt ans. Agé à la date de la décision en litige de trente-quatre ans, et eu égard aux conditions de son séjour en France rappelées au point 3 du présent jugement, il ne justifie pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où, par ailleurs, il a nécessairement tissé des liens en y ayant notamment vécu jusqu'à être jeune adulte. La seule circonstance que des membres de sa famille résideraient en France, dans des conditions qui au demeurant restent indéterminées, notamment sa mère qui se maintient en situation irrégulière malgré les mesures d'éloignement prises à son encontre, et avec lesquels il ne fait pas état de liens particuliers, n'est pas de nature à lui conférer vocation à se maintenir sur le territoire français, non plus que la seule circonstance qu'il produise à l'instance une promesse d'embauche. Dans ces conditions, la décision prise par la préfète de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale et, à supposer le moyen invoqué, n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son droit à une vie privée et familiale normale, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423 7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.
6. M. C a sollicité le 1er février 2022 son admission exceptionnelle au séjour, par une demande qui doit ainsi être regardée comme formée sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de celles-ci : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Il résulte, d'une part, de ce qui est dit au point 3 du présent jugement que M. C ne justifie pas résider habituellement en France depuis au moins dix ans. D'autre part, et au surplus, célibataire, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni, sans enfant, du 6° du même article, d'ailleurs abrogé à la date de l'arrêté en litige. Il suit de là que l'autorité préfectorale n'était pas tenue de soumettre le cas de M. C à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour aurait été irrégulièrement édicté faute d'avoir été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. C au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Karakus et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
D. JOSSERAND-JAILLET
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026