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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300423

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300423

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2023, M. A C, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et viole son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision viole son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle séparera de façon durable le couple ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. C a produit un mémoire qui a été enregistré le 16 mai 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Siquier ;

- et les observations de Me Karakus, représentant M. C.

La préfète de la Haute-Vienne n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de certificat de résidence :

1. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant algérien né en 1999 à Sidi Lakhdar, est entré en France, selon ses déclarations, le 28 décembre 2019. Il s'est marié avec une ressortissante française le 27 mars 2021. Le requérant, par les pièces qu'il produit, n'établit pas d'une communauté de vie antérieure. Le couple n'a pas d'enfant. Dans ces conditions, et en dépit de l'insertion professionnelle du requérant, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". En vertu de ces dispositions qui sont applicables aux ressortissants algériens, l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent les conditions prévues aux articles énumérés, ou aux stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la préfète de la Haute-Vienne a refusé à bon droit de délivrer à M. C un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

5. Si la présence en France du requérant demeure récente, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il a épousé une ressortissante française le 27 mars 2021 avec laquelle il vit. Ce mariage avec une ressortissante française lui ouvre droit à la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions prévues au point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de la Haute-Vienne a commis une erreur d'appréciation. M. C est, par suite, fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an dont il a fait l'objet, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour n'implique, pas que la préfète de la Haute-Vienne délivre un titre de séjour à M. C. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 800 euros à verser au conseil de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 26 décembre 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a interdit à M. C le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulée.

Article 2:L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros au conseil de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3:Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4:Le présent jugement sera notifié M. A C, à Me Karakus et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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