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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300426

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300426

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2023, M. C B, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de départ de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros TTC à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète n'établit pas l'existence d'un rapport médical et de sa régularité préalable à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), non plus que l'existence et la régularité de ce dernier, notamment de sa collégialité ;

- le refus de séjour méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- il n'a pas d'accès effectif aux soins que nécessite son état dans son pays d'origine ; le refus de séjour entraîne ainsi pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé ;

- la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de destination et le refus de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;

- elles sont intervenues en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, l'Ofii, à qui la procédure a été communiquée en sa qualité d'observateur qu'il avait sollicitée par une demande enregistrée le 30 mai 2023, a produit à l'instance le dossier de l'avis émis le 2 janvier 2023 par son collège de médecins.

Par une ordonnance en date du 23 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 avril 2023 en application de l'article R. 776-11 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 29 juin 2023, le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand-Jaillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 10 décembre 1987 à Ain Tedles, est, selon ses déclarations, entré régulièrement le 30 mars 2014 en France où il s'est maintenu après l'expiration de la validité de son visa de court séjour avant de solliciter, le 6 mars 2015, un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 23 juillet 2015, devenu définitif après le rejet par le tribunal, le 14 janvier 2016, du recours de l'intéressé, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. M. B, qui n'a pas exécuté cette décision, a demandé à nouveau, le 29 septembre 2020, un titre de séjour en la même qualité. Au vu d'un avis rendu le 1er février 2021 par le collège des médecins de l'Ofii, il a été admis, par une décision du 15 février 2021, à séjourner en France pendant six mois au titre de son état de santé. M. B a sollicité, le 6 juillet 2021, le renouvellement de ce titre de séjour. Sur avis en date du 6 septembre 2021 du collège de médecins de l'Ofii, qui considérait notamment que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour M. B des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté cette demande, par un arrêté du 24 septembre 2021, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. L'ensemble de ces décisions ont été annulées par un jugement du tribunal du 17 mars 2022 et M. B a été muni, le temps du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour du 29 avril au 28 octobre 2022. Le 20 octobre 2022, M. B a de nouveau sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le collège de médecins de l'Ofii, par un avis du 2 janvier 2023, a estimé que, si le défaut de prise en charge médicale risquait d'entraîner pour M. B des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait recevoir les soins adaptés à son état dans son pays d'origine vers lequel il pourrait voyager sans risque. Au vu de cet avis, par un arrêté du 6 janvier 2023, la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de chacune de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ()".

3. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Ofii, auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis. Pour cela, l'article 1 du même arrêté prévoit que " le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. D'une part, et en premier lieu, l'avis du 2 janvier 2023 du collège de médecins de l'Ofii, produit en défense, qui précise, dans le respect du secret médical, qu'un défaut de prise en charge médicale peut entraîner pour M. B des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine, est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Ofii qui mentionne, alors qu'aucune disposition ni aucun principe ne l'impose, l'identité du médecin rapporteur, que ce médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège.

6. En troisième lieu, la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Ofii émet l'avis suivant ", qui indique le caractère collégial de l'avis, fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas apportée par le requérant à qui elle incombe.

7. En quatrième lieu, si M. B fait valoir que la préfète de la Haute-Vienne ne justifie pas que le médecin rapporteur de l'Ofii a établi son rapport médical aux termes d'une procédure régulière, la préfète ne saurait supporter la charge de cette justification dès lors qu'elle n'a pas connaissance du contenu de ce rapport, qui est directement transmis au collège de médecins de l'Office, et qui est couvert par le secret médical protégé par la loi. En tout état de cause, M. B, qui a reçu communication de l'avis dans le cadre de l'instance, n'apporte pas d'élément de nature à justifier que, à supposer même que ce dernier n'ait pas été rendu dans le délai de trois mois à compter de sa transmission d'un certificat médical ou aurait méconnu l'arrêté du 27 décembre 2016, cette circonstance l'aurait privé d'une garantie ou aurait pu, en l'espèce, exercer une influence sur le sens de la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée et qui constitue l'objet du litige.

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 7 que le moyen, pris dans ses différentes branches, tiré de ce que le refus de renouvellement de titre de séjour en litige serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière entachant l'avis du collège des médecins de l'Ofii doit être écarté.

9. D'autre part, et en cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. M. B, ressortissant algérien né le 10 décembre 1987 à Ain Tedles en Algérie, est entré en France de façon irrégulière le 30 mars 2014, selon ses déclarations. Par l'avis susmentionné émis le 3 janvier 2023 à la suite d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée par l'intéressé, le collège de médecins de l'Ofii a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et vers lequel il pouvait voyager sans risque, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé.

11. Pour contester cette appréciation, M. B, qui a levé le secret médical, produit plusieurs certificats médicaux, qui établissent, jusqu'à la date de l'arrêté en litige, l'évolution depuis 2014 d'une part, des conséquences d'un traumatisme qu'il avait subi antérieurement sur l'œil gauche, d'autre part, d'un glaucome et d'une rétinopathie pigmentaire à caractère familial affectant son œil droit, l'ensemble étant caractérisé par une quasi-cécité dont l'évolution vers une cécité totale ne peut être que retardée par un suivi et un traitement permanent composé de collyres hypotoniques, complétés, s'agissant de l'œil gauche, appareillé d'une prothèse, par un médicament à visée antalgique pour atténuer des douleurs neuropathiques résistantes consécutives à une éviscération du globe oculaire en 2020. Il soutient que ces traitements ou un équivalent ne seraient pas disponibles effectivement en Algérie, et qu'en tout état de cause sa situation personnelle, notamment par le handicap constitué par sa cécité le privant de toute ressource et moyen, fait obstacle à ce qu'il y ait un accès effectif.

12. La préfète de la Haute-Vienne, dont la motivation de l'arrêté en litige révèle qu'elle s'est approprié l'avis émis le 2 janvier 2023 par le collège des médecins de l'Ofii, a sur ce point spécialement mentionné dans sa décision que " la liste des médicaments disponibles en officine en Algérie, mise à jour en 2021, indique la disponibilité sur place de nombreuses molécules nécessaires au traitement de glaucome (tel que le Travoprost, le Latanoprost, Timolol maléate, Dorzolamide chlohydraté, Brinzolamide, Dorzolamide, Cartéolol " et produit à l'appui, à l'instance, un extrait de la nomenclature nationale des produits pharmaceutiques à usage de la médecine humaine dressée, en 2021, par les autorités de santé algériennes. Il doit ainsi en être déduit que la préfète a fondé le refus de renouvellement de titre de séjour en litige au motif que les traitements et soins nécessaires à l'état de santé de M. B lui étaient, à la date de son arrêté, effectivement accessibles, tant sur l'avis du 2 janvier 2023 que sur cette liste, présentée comme celle de médicaments disponibles en officine. Toutefois, cette production de la nomenclature, établie d'ailleurs au 31 décembre 2021, qui ne comporte au demeurant pas la molécule du traitement prescrit à l'intéressé en France pour ses douleurs neuropathiques et dont le document, sous forme d'un courriel, du laboratoire producteur du 15 décembre 2021, produit à l'instance par M. B, établit l'indisponibilité en Algérie, ne démontre pas, au cas d'espèce, la présence, dans ce pays, et à la date fixée pour l'éloignement, du traitement approprié dès lors que cette liste vise à identifier les médicaments prioritaires pour satisfaire les besoins sanitaires du pays et non à recenser les médicaments qui y sont effectivement disponibles. D'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier sur lequel s'est prononcé le collège des médecins de l'Ofii un élément objectif qui établirait une liste de ces médicaments, non plus au demeurant que la source qui a fondé l'appréciation du collège sur ce point. Ainsi, en l'absence d'un tel élément comme en l'absence de caractère probant et actuel de la liste produite à l'instance par la préfète, les éléments produits par M. B sont de nature à renverser la présomption de disponibilité du traitement, dont il n'est par ailleurs pas contesté qu'il est nécessaire à son état de santé et ne peut être interrompu sans entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, appréciation portée collégialement par les médecins de l'Ofii dans leur avis du 2 janvier 2023.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que le refus de séjour du 6 janvier 2023 est, d'une part, intervenu en méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, d'autre part, est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, et, par, suite, sans qu'il soit besoin d'examiner le surplus des moyens de la requête, à en demander l'annulation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, et la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, et de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Eu égard au motif d'annulation des décisions litigieuses, le présent jugement implique nécessairement que la préfète de la Haute-Vienne délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, à M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un tel titre de séjour à M. B, en le munissant, dans l'attente, dans un délai de 15 jours, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Marty, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Marty de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé le séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2:Il est enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien au titre de la " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de le munir dans un délai de 15 jours d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3:L'État versera à Me Marty la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,

- Mme Gaullier-Chatagner, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

D. JOSSERAND-JAILLET

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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