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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300432

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300432

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFADIABA-GOURDONNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 20 mars 2023, un mémoire ampliatif, enregistré le 27 avril 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Fadiaba-Gourdonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 janvier 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de départ de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de renouveler son titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté en litige ne justifie pas de sa compétence ;

- le refus de renouvellement de son titre de séjour, en déniant le caractère réel et sérieux de ses études, est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la pertinence de sa réorientation ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour qui les fondent ;

- la décision fixant le pays de destination l'expose à des risques personnels et actuels pour sa sécurité ; elle est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 avril et 9 mai 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand-Jaillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante haïtienne née le 17 novembre 1978 à Port-au-Prince, est entrée le 28 octobre 2020 munie d'un visa de long séjour pour études en France où elle a été admise à séjourner en qualité d'étudiante jusqu'au 9 novembre 2022. La préfète de la Haute-Vienne a rejeté, par un arrêté du 9 janvier 2023, la demande de renouvellement de son titre, que Mme A avait formée le 26 octobre 2022 et, par la même décision, l'a obligée à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-08-22-00002 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Mme A ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Aux termes de l'article R. 433-1 de ce code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " de rechercher si le projet d'études pour lequel un premier titre avait été accordé est toujours l'objet du séjour du pétitionnaire sur le territoire français et d'apprécier, à cet effet et dans cette perspective, compte tenu, le cas échéant d'inflexions ou d'évolutions cohérentes, le caractère sérieux de la poursuite des études entreprises.

4. Mme A, titulaire d'un diplôme haïtien de licence en droit, obtenu en 2017, est entrée en France en 2020, à l'âge de quarante-et-un ans, pour y suivre des études afin de pérenniser son emploi d'assistante chef de service au ministère de l'environnement d'Haïti. Elle s'est inscrite à la rentrée universitaire 2020/2021 en première année de Master " droit environnement aménagement urbanisme " à l'université de Limoges. Admise en droit de la protection de la nature, en patrimoine culturel, et à l'UE sciences humaines et environnement mais défaillante ou ajournée dans l'ensemble des autres matières, elle a été déclarée défaillante en première session, puis, admise en contentieux administratif, UE économie et territoire, UE droit de l'environnement, UE sciences humaines et environnement, et UE langue et méthode, a été ajournée avec une moyenne de 8,978/20 en deuxième session pour l'année 2021/2022. Mme A s'est alors inscrite, pour l'année 2022/2023, dans un centre de formation privé d'enseignement à distance, pour suivre en distanciel une formation en " certification professionnelle d'auxiliaire de vie ", de niveau 3, qu'elle a présenté, le 26 octobre 2022, à l'appui de sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante. Elle était également inscrite, le 20 octobre 2022, à la sélection de la formation d'aide-soignant au centre hospitalier d'Angoulême, qu'elle a débuté le 9 janvier 2023. Ainsi, à la date du refus de séjour en litige à laquelle s'apprécie la légalité de ce dernier, après deux années d'études, et ainsi que l'a considéré l'administration, Mme A n'a pas validé le diplôme de master qu'elle préparait depuis son entrée en France et s'est réorientée dans une nouvelle formation sans lien, nonobstant la circonstance qu'elle avait eu une première expérience dans ce domaine avant sa prise de fonctions en Haïti, avec l'objectif de perfectionnement professionnel qu'elle poursuivait par son projet de diplôme en France. Par suite, et d'une part, Mme A ne démontrait pas, à cette même date, la progression des études initialement entreprises, dès lors qu'elle était déjà titulaire d'un diplôme de niveau licence lorsqu'elle est entrée en France en 2020. D'autre part, la perte prochaine, qu'elle fait valoir, de son emploi dans son pays d'origine, dont elle avait été placée en congé afin d'approfondir ses compétences professionnelles par des études en France, et les circonstances qui motivent sa réorientation, révèlent l'abandon de son projet initial, qui impliquait son retour à terme en Haïti, pour un nouveau projet professionnel visant son insertion en France. Dans ces conditions, malgré les difficultés rencontrées par l'intéressée du fait des contraintes sanitaires mises en place en 2020 et aussi méritoire soit sa détermination, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant, d'une part, que les études poursuivies et interrompues ne présentaient pas un caractère sérieux, d'autre part, que la réorientation de Mme A constituait une dénaturation du motif qui avait donné lieu à la délivrance du titre de séjour initial d'étudiant, lequel par sa nature n'a pas vocation à une insertion de son titulaire dans un parcours professionnel en France, et par suite, n'étant pas saisie par la requérante d'une demande distincte au vu des circonstances nouvelles au 9 janvier 2023 et de l'intérêt que présenterait son projet professionnel en cours de réalisation, a refusé le renouvellement de ce titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si Mme A soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Haïti, elle n'apporte toutefois pas à l'instance, par les considérations générales sur l'état d'insécurité, aussi réel soit-il, en Haïti, d'élément probant de nature à établir qu'elle serait personnellement, actuellement et directement exposée à de tels risques. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de Mme A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le jugement sera notifié à Mme C A, à Me Fadiaba-Gourdonneau et à la préfète de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

D. JOSSERAND-JAILLET

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

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