mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 mars et 26 avril 2023, M. B D, représenté par Me Roux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à compter de la date de sa libération et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce règlement valant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les droits qu'il tient de sa qualité de père d'un enfant français en application des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- son comportement ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;
- son éloignement porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 16 janvier 1990.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale, d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre-Marie Houssais, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique à laquelle le préfet de la Corrèze n'était ni présent ni représenté :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Moreau, représentant M. A se disant Achraf D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ceux exposés dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant tunisien né le 9 septembre 1994, est entré irrégulièrement en France en 2017 selon ses déclarations. Par un arrêté du 29 mars 2023, dont M. D actuellement incarcéré au centre de détention d'Uzerche demande l'annulation, le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire sans délai à compter de la date de sa libération et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
2. En premier lieu, M. Jean-Luc Tarrega, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Corrèze en date du 8 septembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 19-2022-084 du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Corrèze () " à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en cause doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". L'article 371-2 du code civil dispose que : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
4. M. D est le père de la jeune C D, enfant de nationalité française, née le 12 juillet 2020. Toutefois, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis la naissance de cette dernière, et notamment depuis son incarcération, l'intéressé se bornant à produire un permis exceptionnel de deux visites délivré par le procureur général près la cour d'appel de Bordeaux en date du 27 janvier 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze a méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D qui, au demeurant, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son entrée irrégulière sur le territoire français, a été condamné le 3 mars 2022 par la cour d'appel de Bordeaux à quatre ans d'emprisonnement, interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans et interdiction de séjour en Nouvelle-Aquitaine pendant cinq ans pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive. Compte tenu de la nature de l'infraction, de la peine prononcée et de son caractère récent, le préfet de la Corrèze n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au seul motif qu'il n'a pas assorti sa décision d'éloignement d'un délai permettant le départ volontaire du requérant.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. La circonstance que M. D est le père d'un enfant français dont il ne ressort pas, ainsi qu'il a été dit au point 4, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et qu'il a fait des efforts d'intégration pendant sa détention n'est pas de nature à faire regarder la décision litigieuse comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de la menace à l'ordre public qu'il représente. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
10. En second lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. D'une part, la décision litigieuse vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Corrèze a fait application. Cette décision mentionne que M. D est entré irrégulièrement en France en 2017 selon ses déclarations, qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour et se maintient illégalement sur le territoire, que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public au regard des faits qu'il a commis en récidive, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que la mesure prise ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, cette décision qui est suffisamment motivée démontre que le préfet de la Corrèze a procédé à un examen complet de la situation du requérant. D'autre part, au regard de ces éléments et des dispositions énoncées à l'article L. 611-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Corrèze a fixé à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français du requérant.
13. De dernière part, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze a entaché sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corrèze du 29 mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023 à 17h00.
Le magistrat désigné,
P-M. ELe greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
No 2300493
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026