jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Mme B soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle et sur son droit à la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante géorgienne née en 1967, est entrée en France en 2015. Elle a sollicité le 5 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour en raison d'un contrat de travail. Par un arrêté du 6 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui se prononce sur une demande de titre de séjour présentée par un étranger, d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressée.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 3 septembre 2015 et il n'est pas contesté qu'elle s'y maintient depuis cette date, soit sept ans et demi à la date de la décision attaquée, durée relativement importante. Elle a repris une vie commune avec son ex-époux, ressortissant géorgien dont elle avait divorcé le 31 juillet 2006, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 17 janvier 2024 ainsi qu'en témoignent deux attestations de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne certifiant le versement de prestations à leurs deux noms depuis janvier 2020. Leurs trois enfants, désormais majeurs, dont l'un est bénéficiaire de la protection subsidiaire accordée par l'Office de protection des réfugiés et des apatrides sont titulaires de titres de séjour pluriannuels. Ses deux filles sont mères respectivement de trois et quatre enfants tous mineurs dont six sont nés en France et où tous ont par conséquent vocation à y résider. Les attestations produites par sa fille et son fils prouvent la permanence et l'intensité des liens qui unissent la requérante avec ses enfants et ses petits-enfants. Mme B était, de plus, titulaire depuis le 1er août 2022 d'un contrat de travail à durée déterminée d'insertion à temps plein comme agent de production polyvalent au sein de la SARL " l'atelier 2N " rémunéré à hauteur du SMIC, pour lequel elle donnait pleine satisfaction et qui a été rompu au seul motif de la notification de son refus de séjour et de son obligation de quitter le territoire. Par un courrier du 10 mars 2023, la co-gérante de cette même SARL l'a informée de son intention de l'engager en contrat à durée déterminée de 6 mois renouvelables en vue d'intégrer l'entreprise en contrat à durée indéterminée prouvant ainsi son insertion sociale par le travail. Elle s'est également vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé par la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne le 10 février 2023, ce qui lui permet de bénéficier de soutiens spécialisés pour la recherche d'emploi. Enfin, elle officie comme bénévole depuis 2017 au sein du restaurant social " la bonne assiette " où elle a consacré jusqu'à trois jours par semaine de son temps et où elle a continué à œuvrer malgré son activité professionnelle entamée le 1er août 2022. L'ensemble de ces éléments atteste ainsi de l'établissement par l'intéressée du centre de ses intérêts en France où réside d'ailleurs l'essentiel de sa famille, son père et sa mère étant décédés. Dans les circonstances de l'espèce, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'évaluation des conséquences de sa décision du 6 mars 2023 sur la situation personnelle de l'intéressée.
5. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour et, par voie de conséquence, des décisions prises le même jour par lesquelles elle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que la préfète de la Haute-Vienne délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B dans un délai qu'il y a lieu à fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litiges :
7. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de ces dispositions, une somme de 1 200 euros à verser à l'avocat de Mme B sous réserve que cet auxiliaire de justice renonce à la contribution de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 6 mars 2023 de la préfète de la Haute-Vienne est annulé.
Article 2: Il est enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux-cents) euros à Me Marty, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Marty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. C
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026