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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300577

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300577

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS MICHEL LABROUSSE - CELINE REGY - FRANCOIS ARMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, M. B C, représenté par la SCP Labrousse-Regy-Armand, agissant par Me Labrousse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 mars 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de départ de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il justifie, par ses activités associatives et professionnelles, remplir les conditions pour obtenir la régularisation de son séjour au regard de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour qui la fonde ;

- il justifie d'un droit au séjour en France ;

- cette décision, alors qu'il est intégré en Corrèze, porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand-Jaillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain né le 13 juillet 1993 à Ait Oum El Bakht, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 20 juin 2015 en France où il s'est maintenu depuis et a sollicité, pour la première fois, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " le 11 janvier 2023. Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de la Corrèze a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.

3. M. C, ressortissant marocain, célibataire et sans enfant, est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en juin 2015 à l'âge de vingt-et-un ans. S'il fait valoir, d'une part, avoir exercé un emploi d'opérateur de fabrication de décembre 2021 à septembre 2022 et des emplois de bûcheron de septembre à octobre 2022 et de février 2023 à mars 2023 et produit une promesse d'embauche dans cette profession, d'autre part des activités associatives, notamment d'encadrement sportif, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir, comme il le prétend, qu'il aurait transféré l'ensemble de ses intérêts privés en France ni qu'il y mènerait une vie privée et familiale enracinée. Par ailleurs, M. C n'établit pas ne plus entretenir de lien avec sa famille dans son pays d'origine, où il ressort des pièces du dossier que résident ses parents et où, y ayant vécu jusqu'à son arrivée en France, il a nécessairement tissé des liens. Dans ces conditions, le refus de séjour pris par le préfet de la Corrèze, comme l'obligation de quitter le territoire, n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale et, en l'état des éléments portés à la connaissance de l'administration à la date de la décision en litige à laquelle s'apprécie la légalité de cette dernière, ne sont pas entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son droit à une vie privée et familiale normale, ainsi que, à le supposer invoqué, d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 3, le préfet de la Corrèze n'a, en tout état de cause, pas manifestement méconnu les dispositions précitées en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C au titre de sa vie privée et familiale. D'autre part, M. C, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la délivrance d'un titre de séjour " salarié ", ne se prévaut, à l'appui de la promesse d'embauche dont il fait état et qui a par ailleurs reçu un avis défavorable de la plateforme de la main-d'œuvre étrangère, que de deux brèves expériences dans le métier de bûcheron, sans d'ailleurs justifier de la qualification nécessaire pour exercer cet emploi de manière pérenne en France. Par suite, en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser la situation de M. C, le préfet de la Corrèze n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation professionnelle de l'intéressé.

7. Enfin, Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. C au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Labrousse et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

D. JOSSERAND-JAILLET

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

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