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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300595

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300595

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2023, M. A B, représenté par Me Toulouse, a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté en date du 8 avril 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour pendant un an.

Par une ordonnance du 12 avril 2023, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé le dossier de la requête de M. B au tribunal administratif de Limoges, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.

M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 avril 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour pendant un an.

Il soutient que son éloignement vers son pays d'origine l'expose à des traitements inhumains et dégradants en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle en date du 12 avril 2023 à laquelle il n'a pas encore été statué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1997 à Paktiya, est entré selon ses déclarations le 2 février 2021 irrégulièrement en France où il a demandé l'asile le 13 octobre 2021. Sa demande a été rejetée le 9 août 2022 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), notifiée le 1er septembre 2022 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 février 2023. A la suite de son interpellation le 8 avril 2023 qui a révélé l'irrégularité de sa situation, par un arrêté du même jour, le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pendant un an. M. B, par un unique moyen tiré des risques qu'il soutient encourir en Afghanistan, demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. B ne peut utilement invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, distincte de la décision fixant le pays de destination, et qui par elle-même n'a pas pour objet ni pour effet de désigner le pays vers lequel l'intéressé devra être éloigné pour l'exécution de cette mesure. Le moyen qui en est tiré ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

4. M. B soutient que, étant l'objet de soupçons de la part des talibans revenus au pouvoir en Afghanistan d'avoir aidé l'armée régulière, il encourt des risques personnels et actuels de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, où son père, puis son jeune frère, auraient été emprisonnés. Toutefois, il n'apporte pas à l'instance, après le rejet de sa demande d'asile, d'élément probant, ni nouveau, de nature à établir la réalité, l'actualité et le caractère direct et personnel des risques allégués. Par ailleurs, M. B ne conteste pas ne plus justifier, à la date de la décision en litige, d'un droit au maintien sur le territoire français, où au surplus il ne fait état d'aucune attache. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Toulouse et au préfet de la Dordogne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le magistrat désigné,

D. C

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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