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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300614

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300614

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantZOUNGRANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, M. C, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de Brive-la-Gaillarde et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par ordonnance du 14 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mai 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né en 1997, est entré en France le 10 juillet 2019 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée et une mesure d'éloignement a été prononcée à son encontre le 14 décembre 2022. Il a sollicité le 9 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour en raison d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet de la Corrèze a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de police et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui refuse le séjour et l'oblige à quitter le territoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part que M. C ne sollicite pas sa régularisation sur le terrain de la vie privée et familiale à titre exceptionnel. D'autre part, M. C se prévaut de ce qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche en contrat de travail à durée indéterminée émanant de la société Soham Sud-Ouest du 28 février 2023 comme agent polyvalent. Il a déjà travaillé pour cette même société pendant cinq mois à l'occasion d'un précédent contrat de travail à durée déterminée de juin à octobre 2022. Toutefois, par ces seuls éléments, en l'absence notamment de justification de qualification, d'une expérience ou d'un diplôme spécifique, et alors même que son employeur rencontrerait des difficultés de recrutement, le requérant n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Par ailleurs, si M. C soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de trois ans, les pièces qu'il produit dans le cadre de la présente instance ne peuvent, au regard de leur nombre et leur nature, justifier ni d'une ancienneté ni d'une présence continue sur le territoire, d'autant qu'il était titulaire du statut de demandeur d'asile jusqu'au 14 décembre 2022 date à laquelle il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. M. C, célibataire et sans enfant, ne justifie ainsi pas de l'insertion sur le territoire français dont il se prévaut, ni de l'impossibilité pour lui de se réinsérer dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Enfin, si M. C expose qu'il a subi des violences et des menaces du fait de son homosexualité, il n'étaye pas cette affirmation d'éléments suffisamment probants en présentant un rapport médico-judiciaire du 9 novembre 2011 suite à une consultation réalisée dans le cadre d'une demande de procédure d'asile et alors que, par ailleurs, sa demande de protection internationale fondée sur ces faits a été rejetée. Par suite, le préfet de la Corrèze n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ".

7. M. C soutient qu'il encourt des sévices graves ou la mort dans son pays d'origine en cas de retour. Un tel moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant, la décision d'obligation de quitter le territoire français contestée n'emportant, par elle-même, aucun éloignement à destination d'un pays déterminé.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Zoungrana et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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