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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300653

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300653

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, Mme B C, représentée par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 février 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délais ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des articles 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la préfète de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne lui a pas communiqué l'avis de la commission du titre de séjour.

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante macédonienne née en 1966, est entrée en France le 6 décembre 2010 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 décembre 2011. Elle a bénéficié de 2011 à 2018 d'autorisations provisoires de séjour en tant qu'accompagnante de son époux malade, récemment décédé en 2022. Elle a sollicité le 16 février 2021 la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens familiaux et personnels en France. Par un arrêté du 14 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article R. 432-14 : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ". Il résulte de ces dispositions que l'avis motivé de la commission doit être transmis à l'intéressé et au préfet avant que ce dernier ne statue sur la demande dont il a été saisi. Cette communication constitue une garantie instituée au profit de l'étranger qui doit connaître le sens et les motifs de l'avis de la commission avant que le préfet ne prenne sa décision.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'intervention de l'arrêté contesté, la commission du titre de séjour prévue par les dispositions précitées a été saisie dans le cadre de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme C et que cette dernière, convoquée à cet effet compte tenu de sa résidence habituelle de plus de dix années en France, s'est présentée à la commission qui a émis, le 6 juillet 2022, un avis défavorable à sa régularisation. Si la préfète de la Haute-Vienne à qui il incombe d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée, soutient que Mme C a été destinataire de cet avis à sa dernière adresse connue, il ressort toutefois des pièces du dossier que cet envoi réalisé au 4 allée du Maréchal Fayolle au lieu du 2 de la même rue a fait l'objet d'un retour à l'expéditeur le 2 novembre 2022 avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Ces mentions sont de nature à établir que Mme C n'a pas reçu l'avis la concernant. Ainsi, le défaut de communication à l'intéressée, dans les conditions prévues au point 2, de l'avis motivé de la commission du titre de séjour, a été de nature à la priver d'une garantie dès lors qu'elle n'a pas eu la faculté de présenter ses observations et, le cas échéant, des documents de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la préfète de la Haute-Vienne portant refus de titre de séjour doit être annulée, de même, par voie de conséquence, que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation ainsi retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de statuer à nouveau sur la demande de Mme C dans un délai de quatre mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Marty, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 14 février 2023 est annulé.

Article 2: Il est enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3: Sous réserve que Me Marty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Marty une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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