jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. B C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 mars 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de départ de trente jours, a fixé le pays de destination et a prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'un an, dans un délai de deux mois, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- le refus de séjour méconnaît le droit à une vie privée et familiale normale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est intervenu en violation de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- il méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours :
- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- la préfète n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation en assortissant automatiquement le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français, commettant ainsi une erreur de droit ;
- l'obligation de quitter le territoire en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et est ainsi intervenue en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ; elle est intervenue en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 5 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2023 en application de l'article R. 776-11 du code de justice administrative.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Par une décision du 29 juin 2023, le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Josserand-Jaillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 28 novembre 1983 à Achaacha, avait été éloigné, avec interdiction de retour de trois ans, à destination de l'Algérie le 29 décembre 2016, après avoir séjourné depuis 2009 et avoir été incarcéré en France. Selon ses déclarations, il est revenu irrégulièrement le 18 novembre 2019 en France où il a présenté, le 19 décembre suivant, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 20 octobre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 mai 2021. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire après le rejet de sa demande par l'Ofpra, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an par un arrêté, devenu définitif, du 21 janvier 2021. Il a alors sollicité, le 31 mars 2021, son admission au séjour au titre de ses liens familiaux et privés en France. Par un arrêté du 8 juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté cette demande et prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français du 21 janvier 2021. Cette mesure est devenue définitive après le rejet du recours de l'intéressé, en dernier lieu par un arrêt du 22 septembre 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Le 16 août 2022, M. C a réitéré sa demande de titre de séjour. Par un arrêté du 6 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté cette demande de certificat de résidence algérien, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a porté la durée de la précédente interdiction de retour sur le territoire français à deux ans. M. C demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1°) Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3.Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France, selon ses déclarations, une première fois, irrégulièrement, en 2009, a été incarcéré dans un contexte de commission de plusieurs délits, avant d'être éloigné et interdit, pour trois ans, du territoire français le 29 décembre 2016. Il est, selon ses affirmations, revenu irrégulièrement le 18 novembre 2019 en France, où il s'est maintenu après le rejet, définitif, d'une demande d'asile, et en méconnaissance d'un refus de séjour, en date du 8 juin 2021, d'une obligation de quitter le territoire français, en date du 21 janvier 2021 et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, à la même date, prolongée d'une année supplémentaire le 8 juin 2021, l'ensemble de ces mesures ayant précédé l'arrêté du 6 mars 2023 en litige, par lequel la préfète de la Haute-Vienne a notamment rejeté la réitération de sa demande de certificat de résidence algérien présentée au titre de ses liens privés et familiaux avec la France. Il fait valoir, pour avoir reconnu le 14 janvier 2014, alors qu'il était incarcéré, l'aîné, né le 24 novembre 2013, et avoir déclaré le 17 juin 2021 sa paternité du cadet, né le 26 mars 2017, être le père des deux enfants d'une compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien valide jusqu'au 12 juillet 2024, sur lesquels il est titulaire de l'autorité parentale et d'un droit de visite en vertu, en dernier lieu, d'un jugement du juge aux affaires familiales de Limoges du 21 mars 2022. Sa seconde demande de certificat de résidence au titre de ses liens familiaux, en date du 16 août 2022, doit ainsi être regardée comme présentée sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.
4. Toutefois, d'une part, il n'établit pas avoir mené, notamment depuis la naissance du premier des enfants, une quelconque vie familiale avec la mère de ceux-ci, qui en a la garde, et qui a notamment indiqué au cours des procédures juridictionnelles l'absence d'intérêt et de liens éducatifs ou d'entretien, nonobstant en tout état de cause les périodes d'incarcération et d'éloignement, entre les enfants et M. C jusqu'au 11 septembre 2021, période qu'il y a lieu de rapprocher des différentes décisions administratives successivement prises depuis 2013 à l'encontre du requérant et de la première décision du juge aux affaires familiales, du 14 janvier 2021, s'interrogeant sur la réalité et l'intensité de ces liens. Si, par une attestation en date du 13 août 2022, la mère des enfants indique " avoir besoin de la présence de (M. C) en France ", elle se borne à en souligner l'intérêt pratique pour recueillir la signature de celui-ci lors des démarches administratives. Ainsi, M. C ne démontre pas avoir établi durablement, fût-ce tardivement, avec ses enfants depuis leur naissance sa participation à leur éducation, non plus qu'aux soins requis par le syndrome autistique dont souffre l'aîné, ni l'existence de liens affectifs, et au surplus les quelques factures d'achats de produits de la vie courante qu'il produit ne sont pas de nature à établir qu'il participerait à leur entretien. A cet égard, alors que le jugement du juge aux affaires familiales règle les modalités et conditions de visite du père, par ailleurs dispensé de l'obligation alimentaire eu égard à son impécuniosité, les attestations qu'il produit, peu circonstanciées et émanant de membres de l'association dont il bénéficie des services en même temps qu'il y dispense du bénévolat, ne sont pas suffisamment probantes. D'autre part, l'intéressé ne fait état d'aucun autre lien privé ou familial intense et stable en France, et n'allègue pas même être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu, avant sa première arrivée déclarée en France, jusqu'à l'âge de vingt-six ans, puis de janvier 2017 à novembre 2019 selon ses dires, la majeure partie de son existence et où il a nécessairement tissé des liens. Enfin, alors que leur énumération dans la décision en litige n'est pas factuellement sérieusement contestée, au regard des faits, répétés jusqu'à son éloignement en 2016, pour lesquels il est défavorablement connu des services de police et a été incarcéré en 2014, la préfète de la Haute-Vienne a pu considérer à bon droit que ceux-ci traduisaient un défaut d'intégration au sein de la société française. Dans ces conditions, la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence à M. C n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. La préfète n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur des enfants. La décision n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni enfin celles de l'article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, en situation irrégulière, et alors qu'il ne pouvait ignorer la précarité de sa situation après ses multiples refus d'exécution des mesures prises à son encontre, la préfète de la Haute-Vienne-+ a pu refuser de lui délivrer le certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sollicité sur le fondement des stipulations susvisées de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs qui la fondent. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé et des conséquences sur celle-ci, et par les mêmes motifs d'une violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, doivent par suite être écartés.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation du refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien en date du 6 mars 2023 doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, dans un délai de départ volontaire de trente jours :
6. Il résulte en premier lieu de ce qui a été dit précédemment que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement et d'une manière très détaillée l'ensemble des considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. C sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Il ressort de cette motivation que la préfète a pris en compte l'ensemble de la situation personnelle de M. C dans chacun des éléments qui la caractérisent pour décider d'obliger celui-ci à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours. Ainsi, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne se serait abstenue d'exercer sur ce point son pouvoir d'appréciation, et aurait tiré automatiquement du refus de séjour la conséquence que l'intéressé devait être éloigné du territoire national, manque en fait et doit être écarté.
8. En dernier lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 à 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé et des conséquences sur celle-ci, et d'une violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, doivent être écartés.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire en litige doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français en litige :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour de prendre en compte les éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et, si elle estime que celle-ci figure au nombre des motifs qui justifie sa décision, les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une menace pour l'ordre public.
12. En l'espèce, et nonobstant la circonstance que, une fois la mesure d'éloignement exécutée, M. C pourrait solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, cette interdiction fera par nature obstacle à l'exercice du droit de visite de ses enfants reconnus à l'intéressé par le jugement du 21 mars 2022 susmentionné au point 3. Or, il ressort de ce dernier, par référence à une enquête sociale, que ce droit de visite a notamment été accordé à M. C en raison de l'évolution du comportement de celui-ci envers ses enfants depuis la décision juridictionnelle précédente, et de l'attachement affectif dont l'institution qui encadre les modalités des rencontres entre le requérant et ses enfants atteste du développement favorable. Dans ces circonstances propres à l'espèce, en portant à une année supplémentaire, par l'arrêté en litige, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, devenue définitive, prise antérieurement à l'encontre de M. C, la préfète de la Haute-Vienne a entaché cette mesure d'une erreur dans son appréciation de ses conséquences sur le lien en cours de reconstitution entre l'intéressé et ses enfants, eu égard à l'âge de ceux-ci, au regard de la durée de la séparation à laquelle elle conduit nécessairement. Dès lors, M. C est fondé à demander, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés contre l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, l'annulation de cette dernière.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la prolongation d'un an, que comporte l'arrêté du 6 mars 2023, de l'interdiction de retour sur le territoire français. Cette annulation n'emporte par elle-même aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. C au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: La décision, contenue dans l'arrêté du 6 mars 2023, par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a prolongé d'une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. C fait l'objet par un arrêté du 8 juin 2021, est annulée.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Marty et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Josserand-Jaillet, président honoraire de tribunal administratif,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
Le rapporteur,
D. JOSSERAND-JAILLET
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026