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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300877

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300877

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, M. A B, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a rejeté son recours gracieux contre l'arrêté en date du 23 février 2023 qui l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français du 13 janvier 2022 prise à son encontre ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 février 2023 qui l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français du 13 janvier 2022 prise à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que l'arrêté du 23 février 2023 :

- est insuffisamment motivé ;

- est signé d'une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- en ce qu'il porte refus de séjour notamment, et au regard de la durée de sa présence en France, porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant macédonien né le 3 septembre 1987 à Bitola, est, selon ses déclarations, entré une première fois en France le 3 mars 2011 et a été débouté d'une demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en date du 30 septembre 2011, à la suite de laquelle le préfet de la Haute-Vienne a pris le 9 décembre 2011 une mesure d'éloignement à son encontre. Alors qu'il a déclaré être revenu sur le territoire en septembre 2021, sa présence en situation irrégulière en France a été révélée lors d'un contrôle de police le 13 janvier 2022. Par un arrêté daté et notifié le même jour, la préfète de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. Un nouveau contrôle routier le 22 février 2023, qui a établi que M. B conduisait sans le permis adéquat un véhicule à moteur dépourvu d'assurance, a révélé son maintien en situation irrégulière sur le territoire. Par un arrêté du lendemain, notifié le jour même, la préfète de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, et a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français du 13 janvier 2022 prise à son encontre. M. B, qui soutient avoir formé un recours gracieux contre cette décision, demande l'annulation du rejet implicite de celui-ci, ainsi que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire sans délai, de la décision fixant le pays de destination, et de l'interdiction de retour sur le territoire français contenues dans l'arrêté du 23 février 2023.

Sur les conclusions de la requête dirigées contre les décisions contenues dans l'arrêté du 23 février 2023 :

2. Aux termes de sa requête, et bien que les conclusions de celle-ci soient également dirigées contre le rejet implicite de son recours gracieux, M. B demande à titre principal l'annulation de l'obligation de quitter le territoire sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français du 23 février 2023.

3. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Il résulte de ces dispositions que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et les décisions dont elles sont, le cas échéant, assorties, peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification par voie administrative.

4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'arrêté du 23 février 2023, l'obligeant notamment à quitter le territoire sans délai de départ volontaire, mais qui contrairement aux allégations de M. B ne comporte pas de refus de séjour, a été notifié à M. B à cette même date à 10h10 par la voie administrative, simultanément à un arrêté d'assignation à résidence également daté du 23 février 2023 et non contesté. Il suit de là que l'intéressé disposait d'un délai de quarante-huit heures à compter de cette date pour, le cas échéant, former contre chacune des décisions qu'il comporte un recours devant le juge administratif, à peine de voir ces décisions acquérir un caractère définitif à l'expiration dudit délai. Si, en vertu des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exercice d'un recours contentieux suspend de plein droit l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la présentation d'un recours gracieux, dont au demeurant M. B, bien qu'il l'allègue, n'en justifie pas à l'instance, n'a pas pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Enfin, si le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle est, quant à lui, susceptible de proroger ce délai, c'est à la condition expresse qu'il ait été effectué avant l'expiration de ce dernier.

5. Il est constant que M. B, qui au demeurant en fait état dans ses écritures contentieuses, et qui a été informé des voies et délais de recours contre l'arrêté du 23 février 2023 dont il a été l'objet, n'a pas exercé de recours contentieux contre ce dernier dans les quarante-huit heures ayant suivi sa notification et qu'il n'a déposé une demande d'aide juridictionnelle que le 1er mars 2023, après l'expiration du délai de recours.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

7. M. B, qui surabondamment ne produit pas le recours gracieux qu'il affirme avoir présenté à l'administration et, partant, n'établit pas l'existence d'une décision implicite ayant pu rejeter celui-ci, et qui en tout état de cause constitue dans ces conditions une décision purement confirmative, en l'espèce de l'arrêté du 23 février 2023 devenu définitif, en se bornant à contester la légalité de cet arrêté, n'articule aucun moyen contre cette décision.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

9. Aux termes de l'article 50 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ".

10. La requête de M. B étant entachée d'une irrecevabilité qui présente un caractère manifeste, il y a lieu, en vertu de ces dispositions, de lui retirer le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. B.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Karakus et à la préfète de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

D. C

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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