mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023, Mme A C, représentée par Me Coutant, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a mis à sa charge des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 13 464,05 euros, d'allocation de logement sociale d'un montant de 6 909 euros, d'aides exceptionnelles de fin d'année pour 2020 et 2021 d'un montant de 304,90 euros et d'aides exceptionnelles de solidarité pour 2020 et 2022 pour un montant de 250 euros ;
2°) d'annuler la décision du 20 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a rejeté son recours administratif obligatoire ;
3°) de prononcer la décharge des créances ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Indre de réexaminer sa situation à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées par l'incompétence de leur auteur ;
- elles ne sont pas motivées ;
- elle est célibataire ;
- les dispositions de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles ont été méconnues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le département de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour l'intéressée d'avoir formé un recours administratif préalable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Indre conclut au rejet de la requête, demande de condamner l'intéressée au remboursement des indus et aux dépens.
Par un courrier du 13 janvier 2025, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Indre tendant à la condamnation de la requérante à lui verser le solde des indus en litige, dès lors que, disposant du privilège du préalable, elle n'est pas fondée à demander au juge de prendre une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C demande l'annulation de la décision du 10 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (Caf) de l'Indre a mis à sa charge des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 13 464,05 euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2022, d'allocation de logement sociale d'un montant de 6 909 euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2022, d'aides exceptionnelles de fin d'année pour 2020 et 2021 d'un montant de 304,90 euros et d'aides exceptionnelles de solidarité pour 2020 et 2022 pour un montant de 250 euros et l'annulation de la décision du 20 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a rejeté son recours administratif obligatoire.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Il résulte des articles 3 des décrets n° 2020-1746 et n° 2021-1657 susvisés que l'aide exceptionnelle de fin d'année est attribuée notamment aux bénéficiaires, pour les mois de novembre ou décembre de ces années, du revenu de solidarité active, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ". En vertu de ces dispositions, la personne qui entend contester une décision du président du conseil départemental ou de la mutualité sociale agricole relative au revenu de solidarité active doit former un recours administratif préalable devant le président du conseil départemental. A défaut de ce recours, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme C a eu connaissance le 14 novembre 2022 de la décision du 10 novembre 2022, mentionnant les voies et délais de recours, par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a mis à sa charge des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 13 464,05 euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2022 et d'aides exceptionnelles de fin d'année pour 2020 et 2021 d'un montant de 304,90 euros et, d'autre part, que l'intéressée n'a pas formé de recours administratif préalable obligatoire dans le délai de deux mois courant à compter de cette connaissance acquise auprès du président du conseil départemental de l'Indre. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir soulevée par le département de l'Indre et de rejeter comme irrecevables les conclusions aux fins d'annulation des indus de revenu de solidarité active et d'aides exceptionnelles de fin d'année.
Sur les indus d'allocation de logement sociale et d'aides exceptionnelles de solidarité :
6. D'une part, la personne qui entend contester une décision relative à un indu d'allocation de logement sociale doit obligatoirement, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable devant l'autorité compétente. Seule la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire est susceptible d'être déférée devant le tribunal, en ce qu'elle se substitue à la décision initiale. En l'espèce, l'intéressée a, le 14 novembre 2022, formé un recours administratif à l'encontre de la décision du 10 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a mis à sa charge des indus d'allocation de logement sociale d'un montant de 6 909 euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2022 et d'aides exceptionnelle de solidarité pour 2020 et 2022 pour un montant de 250 euros. Par une décision du 20 mars 2023, la Caf a rejeté ce recours. Aussi, Mme C demande l'annulation de cette dernière décision.
7. D'autre part, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement sociale et d'aides exceptionnelles de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité :
8. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre l'administration et le public : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. Au surplus, aux termes de son article L. 211-8 : " Les décisions des organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés ordonnant le reversement des prestations sociales indûment perçues sont motivées. Elles indiquent les voies et délais de recours ouverts à l'assuré, ainsi que les conditions et les délais dans lesquels l'assuré peut présenter ses observations écrites ou orales. Dans ce dernier cas, l'assuré peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
10. La décision du 20 mars 2023 attaquée de la caisse d'allocations familiales de l'Indre est rédigée ainsi : " Madame, conformément au pouvoir que la commission de recours amiable détient du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales de l'Indre, je vous notifie la décision ci-jointe, rendue le 7 février 2023 ". En fait de " décision ci-jointe " la caisse d'allocations familiales de l'Indre ne joint rien d'autre que l'avis de la commission de recours amiable qui n'est pas une décision mais un avis consultatif donné au directeur de la Caf qui prend, lui, la décision. Or le directeur de la Caf de l'Indre ne s'approprie aucunement les motifs de cet avis. Ainsi, la décision attaquée du 20 mars 2023 en cause ne contient aucune motivation en droit et en fait, en violation des dispositions susvisées. Dès lors, Mme C est fondée à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins de décharge de payer :
11. Compte tenu des motifs d'annulation précités, le présent jugement n'implique cependant pas que Mme C soit nécessairement déchargée de l'obligation de payer les indus d'allocation de logement sociale d'un montant de 6 909 euros et d'aides exceptionnelles de solidarité pour 2020 et 2022 pour un montant de 250 euros. Dès lors, il n'y a lieu d'enjoindre à l'administration de rembourser à la requérante les sommes déjà recouvrées au titre de ces indus dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, dans le cas où l'administration aurait recouvré lesdits indus, que si la caisse d'allocations familiales de l'Indre, sous la condition qu'aucune règle de la prescription n'y fasse obstacle, n'a pas régularisé dans ce délai sa décision de récupération.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Indre :
12. La caisse d'allocations familiales de l'Indre demande au tribunal de condamner la requérante à lui verser le solde des indus en cause. Toutefois, en application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales n'est pas recevable, dès lors qu'elle dispose, en vertu de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, du pouvoir de délivrer une contrainte qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement, à demander au tribunal de condamner les requérants au paiement de l'indu en litige. Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Indre doivent, par suite, être rejetées.
Sur les dépens :
13. Aucune dépense n'ayant été engagée par la juridiction pour la présente requête, les conclusions de la Caf de l'Indre relatives aux dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 20 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Indre a rejeté le recours administratif obligatoire de Mme C à l'encontre d'indus d'allocation de logement sociale d'un montant de 6 909 (six mille neuf cent neuf) euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2022 et d'aides exceptionnelles de solidarité pour 2020 et 2022 pour un montant de 250 (deux cent cinquante) euros est annulée.
Article 2:Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Indre de rembourser à Mme C les sommes éventuellement déjà recouvrées au titre des indus, cités à l'article 1er, d'allocation de logement sociale pour la période de juillet 2020 à septembre 2022 et d'aides exceptionnelles de solidarité pour 2020 et 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, si dans ce délai, sous la condition qu'aucune règle de la prescription n'y fasse obstacle, elle n'a pas régularisé sa décision de récupération.
Article 3:Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4:Les conclusions reconventionnelles ainsi que celles concernant les dépens, présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Indre sont rejetées.
Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, à la caisse d'allocations familiales de l'Indre et au département de l'Indre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
Le magistrat désigné,
A. D
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef
La Greffière
M. B
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026