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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300985

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300985

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDIA IBRAHIMA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante comorienne, qui contestait le refus de séjour du préfet de la Haute-Vienne du 17 février 2023. La requérante, titulaire d’un titre de séjour délivré à Mayotte et valable uniquement sur ce territoire, n’avait pas obtenu l’autorisation spéciale (visa) requise par l’article L. 441-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour se rendre en métropole. Le tribunal a jugé que ce défaut d’autorisation la plaçait en situation irrégulière, rendant inopérants les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-7 (parent d’enfant français), 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 juin 2023 et le 22 avril 2024, Mme B... A..., représentée par Me Dia, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 17 février 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail portant la mention « vie privée et familiale » ou « parent d’enfant français », dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 900 euros, à verser à son conseil, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d’un défaut de motivation sur sa situation de parent d’enfant français, d’une erreur de droit et d’une méconnaissance de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît son droit à la vie privée et familiale en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques et entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- viole l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2023.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-657 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendu au cours de l’audience publique à laquelle le préfet de la Haute-Vienne n’était présent ni représenté :
- le rapport de Mme Béalé, rapporteur ;
- les observations de Me Dia, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante comorienne née en 1989, est entrée en France métropolitaine le 20 mars 2022 munie d’un passeport en cours de validité et d’une carte de séjour temporaire d’un an portant la mention « parent d’enfant français » délivrée par le préfet de Mayotte, valable jusqu’au 29 novembre 2022. Le 9 août 2022, elle a sollicité auprès du préfet de la Haute-Vienne, un titre de séjour en qualité de parent d’enfant français. Par une décision du 17 février 2023 dont elle demande l’annulation le préfet de la Haute-Vienne a opposé un refus à sa demande.

2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». D’autre part, aux termes de l’article L. 441-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte (…) n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution (…) doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution (…) où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. (…) ».

3. Sous la qualification de « visa », l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile institue une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. L'article L. 441-8, qui subordonne ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, fait obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée sur le territoire métropolitain munie d’un titre de séjour n’autorisant que le séjour à Mayotte et sans avoir obtenu l’autorisation spéciale délivrée par le représentant de l’Etat à Mayotte prévue à l’article L. 441-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors qu’elle ne remplissait pas cette condition, le préfet de la Haute-Vienne pouvait, pour ce seul motif, refuser de délivrer à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » au titre des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, la décision attaquée n’est entachée d’aucune erreur de droit.

5. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

6. Mme A... fait valoir qu’elle réside sur le territoire métropolitain dans le cadre d’un projet de famille dès lors que le père de son enfant, de nationalité française, réside sur le territoire métropolitain. Toutefois, si elle est mère d’un enfant français né en 2018 dénommé Zabibou, puis d’un second né en 2023, postérieurement à la décision attaquée, elle ne démontre pas de communauté de vie avec le père de ces derniers. Par ailleurs, en se bornant à produire des photographies non datées, Mme A... ne démontre pas que celui-ci contribue effectivement à l’éducation et à l’entretien des enfants dès lors qu’aucune pièce attestant de versements n’est produite. Dans ces conditions, le préfet n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision contestée et n’a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni celles du premier paragraphe de l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966. Mme A... n’est pas davantage fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Ces mêmes circonstances ne sont pas de nature à faire regarder la décision de refus de séjour comme entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A....

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er
:
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2
:
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Dia et au préfet de la Haute-Vienne.


Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Béalé, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.


Le rapporteur,





J. BEALE
Le président,





F-J. REVEL
La greffière,





C...




La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,





M. C...



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