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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301033

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301033

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantZOUNGRANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, M. D B A, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État, à son bénéfice, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le préfet de la Corrèze a commis une erreur de droit en refusant son admission exceptionnelle au séjour en se fondant sur un critère non prévu par la loi tiré du défaut d'intégration consolidée dans la société française ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Par ordonnance du 16 juin 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 10 août 2023 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant angolais né en 1986, M. A est entré régulièrement sur le territoire français au mois de juin 2019 sous couvert d'un visa de court séjour, accompagné de son épouse. Après le rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire de la préfète de la Haute-Vienne du 30 juillet 2021. Il a présenté une demande de titre de séjour le 26 janvier 2023. Cette demande a été rejetée par une décision du 26 mai 2023, accompagnée d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. En premier lieu, il ressort des motifs de la décision attaquée que pour refuser la demande du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Corrèze, après avoir examiné la situation personnelle et professionnelle de M. A, a retenu, d'une part, que ce dernier n'établissait pas l'existence dans sa situation de considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels et, d'autre part, que la production d'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée n'était pas suffisante, compte tenu du caractère sommaire de son insertion à la société, pour qu'une carte de séjour mention " salarié " lui soit délivrée. Si le préfet a également fait état de l'absence de démonstration d'une " intégration consolidée " du requérant dans la société, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée qu'il en aurait fait une condition pour accorder le titre sollicité. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en ajoutant un critère non prévu par la loi doit être écarté.

5. En second lieu, le préfet de la Corrèze indique, sans être contredit, que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée, qu'il a ensuite fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 30 juillet 2021, et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière jusqu'à la présentation de sa demande de titre du mois de janvier 2023. Si le requérant indique qu'il a fait l'objet de menaces de mort de la part de l'oncle de son épouse, les seuls éléments produits, qui attestent de l'adoption de celle-ci par sa mère, ne suffisent pas à démontrer la réalité des menaces subies à des fins de captation d'héritage. Par ailleurs, si le requérant produit plusieurs éléments faisant état des difficultés d'apprentissage rencontrées par son fils né au mois d'août 2017, dont la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a reconnu que la scolarisation nécessitait l'aide d'une personne, ainsi que de son accompagnement en orthophonie, ces éléments ne caractérisent pas davantage des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Enfin, en l'absence de tout élément relatif à la qualification du requérant, à son expérience ou à ses diplômes, la seule production d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de plaquiste ne suffit pas à caractériser des motifs exceptionnels d'admission au séjour en qualité de salarié. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Corrèze aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A et l'a obligé à quitter le territoire français doivent être écartées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D B A, à Me Zoungrana et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

mf

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