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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301062

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301062

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantOUANGARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés le 20 et le 23 juin 2023, M. C E A, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient qu'il souhaite rentrer en Côte-d'Ivoire, son pays d'origine, et non au Maroc, sans faire l'objet d'une rétention administrative, dès sa libération.

Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Corrèze demande l'application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de la date de libération de M. A, fixée au 1er juillet 2023.

Par un mémoire, enregistré le 27 juin 2023, M. A, s'il maintient son souhait de rentrer en Côte-d'Ivoire sans rétention dès sa libération, déclare " annuler son recours contre l'obligation de quitter le territoire français ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles

L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E A, ressortissant de Côte d'Ivoire né le 7 novembre 1976 à Treichville, est entré, sur son extradition du Maroc, le 23 février 2022 en France où il a demandé l'asile. Sa demande a été rejetée le 18 octobre 2022 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mars 2023. Par un arrêté du 16 juin 2023, l'intéressé purgeant une peine en détention jusqu'au 1er juillet 2023, le préfet de la Corrèze lui a retiré son attestation de demande d'asile valide jusqu'au 13 septembre 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à compter de sa libération, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un mémoire ampliatif, enregistré le 27 juin 2023, M. A déclare " annuler le recours contre l'obligation de quitter le territoire ". Il maintient toutefois sa demande de ne pas faire l'objet d'un placement en rétention administrative et d'être éloigné à destination de la Côte-d'Ivoire. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme s'étant désisté des seules conclusions de sa requête sommaire dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 16 juin 2023 en litige, mais comme maintenant ses conclusions en annulation formées contre, d'une part, l'interdiction de retour sur le territoire français, d'autre part, la décision fixant le pays de destination, contenues dans le même arrêté. Son désistement de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire est pur et simple. Il y a dès lors lieu de lui en donner acte, et de statuer sur le surplus des conclusions de sa requête.

Sur le surplus des conclusions de la requête à fin d'annulation :

3. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Il résulte de ce qui précède que, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit, lorsque la Cour nationale du droit d'asile a été saisie, à compter de la date de lecture en audience publique de sa décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et il n'est au demeurant pas contesté par M. A, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile a été lue en audience publique le 28 mars 2023. M. A ne disposait dès lors plus, à compter de cette première date, du droit de se maintenir sur le territoire français.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-15 du même code : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, détenu à la maison d'arrêt d'Uzerche, est susceptible d'être libéré avant que le tribunal administratif statue dans le délai prévu par les dispositions des articles L. 614-4 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il résulte de la combinaison des dispositions précitées, et notamment de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer, en l'espèce, sur les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et contre la décision portant interdiction retour sur le territoire français.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 16 juin 2023, éclairé par sa motivation, dont M. A demande, par sa requête sommaire, l'annulation dans la présente instance, que, s'il a pour objet de retirer à l'intéressé son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, il n'étend pas cet objet, ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée M. A ou de lui refuser le séjour autrement qu'au motif du rejet de sa demande d'asile et pour des considérations tirées de l'ordre public. Il suit de là que le préfet de la Corrèze a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé, avec le 5° du même article, dans l'arrêté en litige.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. A, ressortissant ivoirien, célibataire et sans enfant, est entré en exécution d'une procédure d'extradition du Maroc le 23 février 2022 en France où sa demande d'asile a été rejetée. Se bornant à faire valoir la présence sur le territoire d'un frère de nationalité française et d'une cousine susceptible de lui fournir un hébergement, il ne justifie pas de liens intenses avec la société française tandis qu'il fait lui-même état de ses attaches familiales dans son pays d'origine, et notamment de sa mère dont l'état de santé requiert sa présence à ses côtés. Si M. A fait valoir, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, dont au demeurant il pourrait solliciter l'abrogation une fois la mesure d'éloignement effectivement exécutée, que la durée de celle-ci est susceptible de faire obstacle à des soins en France que pourrait nécessiter durant cette période son état de santé si ce dernier se dégradait, il n'établit pas, ni même n'allègue, être atteint d'une quelconque pathologie qui appellerait une prise en charge médicale. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant purge actuellement une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits d'escroquerie et tentative d'escroquerie réalisées en bande organisée et au titre desquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bergerac le 9 janvier 2023. Eu égard à la nature de ces faits et à leur caractère récent, le préfet de la Corrèze pouvait à bon droit estimer que la présence de l'intéressé en France constituait une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze, qui a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation de l'intéressé sur ce point au regard des informations portées à sa connaissance, aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en prenant à son encontre les mesures en litige, dont l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

9. Enfin, et en tout état de cause, M. A ne peut utilement faire valoir, à l'appui des mêmes conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, que l'autorité judiciaire n'a pas estimé devoir assortir sa condamnation d'une interdiction judiciaire du territoire.

10. En dernier lieu, M. A, de nationalité ivoirienne, ne peut utilement, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, contester son renvoi vers le Maroc, dès lors que l'arrêté en litige précise expressément qu'il est susceptible d'être éloigné " à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible ", sans mentionner le Maroc, dispositions qui amèneront l'administration, le cas échéant, à l'éloigner effectivement d'office vers la Côte-d'Ivoire, ce que souhaite l'intéressé dans le dernier état de ses écritures contentieuses.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er: Il est donné acte du désistement de M. A de ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du préfet de la Corrèze du 16 juin 2023.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C E A, à Me Ouangari, et au préfet de la Corrèze.

Limoges, le 29 juin 2023 à 12h30.

Le magistrat désigné,

D. D

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en chef,

Le Greffier

M. B

No 230106if

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