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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301070

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301070

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPREGUIMBEAU-GREZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 20 et 30 juin 2023 et le 21 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Préguimbeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 avril 2023, par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a rejeté le recours gracieux formé le 19 mars 2023 contre un arrêté du 6 mars 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de deux cents euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État, à son bénéfice, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision de rejet du recours gracieux n'est pas motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Par un courrier du 26 juillet 2023, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 24 avril 2023 en raison de leur tardiveté, l'arrêté du 6 mars 2023, notifié le 10 mars 2023, étant devenu définitif et la décision du 24 avril 2023 rejetant le recours gracieux présenté par M. A étant purement confirmative.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 9 août 2020, M. A fait valoir que :

- la décision du 24 avril 2023 ne saurait être regardée comme confirmative dès lors qu'il avait apporté des éléments de preuve nouveaux dans son recours gracieux, permettant de justifier de l'ancienneté de sa vie sur le territoire français et de sa vie familiale avec Mme D ;

- la décision du 6 mars 2023 n'est pas définitive dès lors qu'en contestant la décision de refus de séjour prise sur son recours gracieux, il a également contesté la décision initiale du 6 mars 2023 ;

- il a été induit en erreur sur les conditions d'exercice de son droit au recours dès lors que la décision du 24 avril 2023 est intervenue avant l'expiration du délai de recours contentieux contre la décision du 6 mars 2023, que la décision du 24 avril 2023 mentionne que sa demande a fait l'objet d'un nouvel examen et qu'elle indique qu'elle peut faire l'objet d'un recours dans un délai de deux mois.

Par ordonnance du 30 juin 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 10 août 2023 à 17h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1991, indique être entré sur le territoire français de façon irrégulière au mois de mars 2018. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 19 novembre 2021, ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale le 29 avril 2022. La préfète de la Haute-Vienne a pris, le 6 mars 2023, une décision de refus de titre de séjour accompagnée d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a formé un recours gracieux contre cet arrêté, reçu le 21 mars 2023. Par une décision du 24 avril 2023, dont M. A sollicite l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. / () ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " I. - Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. / () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifié à l'intéressé le 10 mars 2023. Le délai de recours contentieux de trente jours, qui n'a pas, en application des dispositions précitées, été prorogé par l'exercice du recours administratif reçu le 21 mars 2023 par l'administration, était donc expiré à la date à laquelle M. A a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 26 avril 2023 ainsi qu'à la date de l'enregistrement de sa requête, le 20 juin 2023.

4. D'autre part, si M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 6 mars 2023, en ajoutant des éléments quant à l'ancienneté de sa vie privée et familiale sur le territoire et en faisant notamment état de son mariage intervenu le 11 mars 2023, l'arrêté du 6 mars 2023 mentionne expressément ce projet de mariage ainsi que sa date, et il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances de droit ou de fait nouvelles seraient intervenues entre la date de l'arrêté préfectoral du 6 mars 2023 et celles de la décision du 24 avril 2023 rejetant son recours gracieux. Au surplus, le recours gracieux formé le 19 mars 2023 était seulement dirigé contre la décision du 6 mars 2023 rejetant la demande d'admission au séjour de l'intéressé et ne contestait pas la décision prise le même jour portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la décision du 24 avril 2023, alors même qu'elle mentionne les voies et délais de recours, a le caractère d'une décision purement confirmative de l'arrêté du 6 mars 2023 devenu définitif et les conclusions aux fins d'annulation dirigées à son encontre sont irrecevables et doivent être rejetées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Préguimbeau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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