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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301087

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301087

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2023 et le 12 juillet 2023, M. E C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction du territoire français de trois ans prononcée à son encontre par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Bordeaux en date du 16 mars 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a disposé que d'un jour ouvrable pour faire valoir ses observations.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Le préfet de la Corrèze, par courrier enregistré le 7 juillet 2023 a informé le tribunal de l'élargissement de M. C le 22 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Mme Hélène Siquier, première conseillère, a été désignée par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Moreau, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste particulièrement sur le fait que ce dernier n'a bénéficié, au mieux, que d'un jour ouvrable pour faire valoir ses observations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 2000 à Alger a été condamné le 16 mars 2022 par le tribunal judiciaire de Bordeaux à une peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français de trois ans. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction du territoire français. L'élargissement du requérant est fixé au 22 juillet 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 19 juin 2023, qui a été remise à l'intéressé le jour même à 15 heures 40, M. C a été informé que le préfet de la Corrèze envisageait de mettre en œuvre la mesure d'éloignement prise à son encontre le 21 juin 2023 en le reconduisant à destination de l'Algérie, pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible et a été invité à formuler des observations écrites, et le cas échéant orales, sur cette mesure en se faisant assister au besoin par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. Le requérant a ainsi été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision en litige. Si le requérant fait valoir qu'il n'a disposé que d'un seul jour ouvrable pour faire valoir ses observations alors qu'il est détenu, ce qui rendrait mal aisé les communications, d'une part, il n'établit pas avoir tenté de produire de telles observations et, d'autre part, ne fait valoir à l'appui de sa requête aucun élément de nature à justifier qu'il ne pourrait être renvoyer vers l'Algérie, pays dont il a la nationalité, qu'il y serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que cette décision porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Moreau et au préfet de la Corrèze.

Limoges, le 13 juillet 2023 à 16h00.

Le magistrat désigné,

H. B

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en chef,

Le Greffier

M. A

No 2301087

mf

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