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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301098

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301098

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 231097, Mme B D, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour durant le délai de délivrance et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son avocat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnait l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les articles 3-1, 23-1, 23-2, 24-1 et 28-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- c'est au prix d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Haute-Vienne a refusé sa demande alors que sa situation répond à des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

- les décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, de l'illégalité de la mesure portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2023 à 17h00.

II. Par une requête enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 231098, M. A D, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour durant le délai de délivrance et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son avocat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il aurait dû se voir délivrer une autorisation au titre du pouvoir de régularisation exceptionnelle et être dispensé de visa de long séjour ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnait l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les articles 3-1, 23-1, 23-2, 24-1 et 28-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

- les décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, de l'illégalité de la mesure portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2023 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissants algériens nés en 1981 et en 1984, M. et Mme D sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 15 août 2021 accompagnés de leurs deux enfants alors âgés de 11 et 6 ans. Leur troisième enfant est né en 2021 sur le territoire français. Ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour au mois de novembre 2022. Par deux arrêtés du 28 avril 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté leur demande de titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours en fixant l'Algérie comme pays de destination. Ce sont les décisions dont ils sollicitent l'annulation.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de M. et Mme D n°2301097 et 2301098 concernent la situation des membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2301097 présentée par Mme D :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familial" est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France au mois d'août 2021 alors qu'elle était enceinte de son troisième enfant et qu'elle a sollicité son admission au séjour au mois de décembre 2022, en faisant notamment état de ses attaches familiales sur le territoire français et des troubles autistiques de son deuxième enfant. Si Mme D produit plusieurs attestations de membres de sa famille présents sur le territoire français faisant état de liens forts avec la requérante, celle-ci a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans en Algérie, où elle conserve nécessairement des liens personnels et sociaux. En outre, son époux, qui est entré sur le territoire français à la même date, a également fait l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. Au vu de ces éléments et de la durée de sa présence en France, inférieure à deux ans à la date de la décision attaquée, et en dépit de son implication dans une association et des ateliers de langue française, de la scolarisation de ses plus grands enfants et de la prise en charge de son fils en raison du trouble autistique qu'il présente, dont il n'est pas établi qu'elle ne pourrait pas être poursuivie en Algérie, les éléments produits ne sont pas de nature à démontrer que la décision attaquée aurait porté atteinte au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que des stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, Mme D ne saurait utilement invoquer la violation des stipulations des articles 23, 24 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne créent des obligations qu'à l'égard des États parties à cette convention et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui n'a pas sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade, établit que l'un de ses fils, scolarisé en classe de CP, présente un autisme sévère accompagné d'une sélectivité alimentaire fréquente. Les documents produits font état de la nécessité pour l'enfant de disposer d'un environnement stable et d'un lieu où ses parents pourront lui préparer des aliments auxquels il est habitué. Toutefois, les deux articles de presse que Mme D produit, faisant état de difficultés rencontrées par les parents d'enfants autistes en Algérie afin de faire scolariser leur enfant ne suffisent pas à démontrer que celui-ci ne pourrait bénéficier d'une scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, n'est pas applicable aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut, en vertu du pouvoir dérogatoire dont il dispose, même sans texte, pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation, décider de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 8 du présent jugement que les circonstances que Mme D invoquent, s'agissant de sa situation familiale ainsi que de la prise en charge que nécessitent les troubles autistiques dont souffre l'un de ses fils, dont il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas être pris en charge et scolarisé en Algérie, ne constituent pas des motifs exceptionnels, ni ne relèvent de considérations humanitaires de nature à établir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour, la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à Mme D doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à Mme D doit être écarté.

Sur la requête n° 2301098 présentée par M. D :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

12. En premier lieu, d'une part, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, dès lors qu'elles sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut, en vertu du pouvoir dérogatoire dont il dispose, même sans texte, pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation, décider de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. D'autre part, lorsqu'elle est saisie d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France au mois d'août 2021 accompagné de sa femme et de deux enfants, le troisième étant né à Limoges au cours de l'année 2021, et qu'il a sollicité son admission au séjour au mois de décembre 2022, en faisant notamment état de ses attaches familiales sur le territoire français et des troubles autistiques de son deuxième enfant. D'une part, si M. D établit que son deuxième ses fils, scolarisé en classe de CP, présente un autisme sévère accompagné d'une sélectivité alimentaire fréquente, les deux articles de presse qu'il produit, faisant état de difficultés rencontrées par les parents d'enfants autistes en Algérie afin de faire scolariser leur enfant, ne suffisent pas à démontrer que l'enfant du requérant ne pourrait bénéficier d'une scolarité dans son pays d'origine. Par ailleurs, M. D séjournait depuis moins de deux ans sur le territoire français à la date de la décision. Ainsi, en dépit de son implication dans une association et dans des ateliers de français, les éléments produits ne démontrent pas que la situation du requérant justifierait la délivrance d'un titre de séjour pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au titre de sa vie privée et familiale. D'autre part, M. D se prévaut de ce qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche en contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chauffeur livreur. Toutefois, par ce seul élément, en l'absence notamment de justification de qualification, d'une expérience ou d'un diplôme spécifique, le requérant n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Par suite, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans en Algérie, où réside son père selon la demande de titre de séjour déposée, et où il a nécessairement conservé des attaches personnelles et sociales, et qu'il résidait sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Si M. D fait état de ce qu'il dispose de nombreuses attaches familiales en France en produisant plusieurs attestations en ce sens, de ce que son deuxième enfant souffre de troubles autistiques et que ses enfants sont scolarisés ou en attente d'une place en crèche, les éléments produits ne démontrent pas que son enfant souffrant de troubles autistiques ne pourrait pas être pris en charge et scolarisé en Algérie, et la durée limitée de sa présence en France ne permet pas de considérer qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire, en dépit de son implication de son activité de bénévolat dans une association et des ateliers de langue françaises suivis. En outre, son épouse, qui est entrée sur le territoire français à la même date, a également fait l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que des stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

15. En troisième lieu, M. D ne saurait utilement invoquer la violation des stipulations des articles 23, 24 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne créent des obligations qu'à l'égard des États parties à cette convention et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. Il ressort des pièces du dossier le requérant, qui n'a pas sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade, établit que l'un de ses fils, scolarisé en classe de CP, présente un autisme sévère accompagné d'une sélectivité alimentaire fréquente. Les documents produits font état de la nécessité pour l'enfant de disposer d'un environnement stable et d'un lieu où ses parents pourront lui préparer des aliments auxquels il est habitué. Toutefois, les deux articles de presse que M. D produit, faisant état de difficultés rencontrées par les parents d'enfants autistes en Algérie afin de faire scolariser leur enfant ne suffisent pas à démontrer que celui-ci ne pourrait bénéficier d'une scolarité dans son pays d'origine. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. D doit être écarté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à M. D doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes dirigées contre les arrêtés du 28 avril 2023 par lesquels la préfète de la Haute-Vienne a rejeté les demandes de titre de séjour présentées par M. et Mme D, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être écartées, ainsi que leurs conclusions à fin d'injonction et leurs conclusions relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. A D, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

Nos 2301097,2301098

mf

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