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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301154

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301154

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, Mme A D B, représentée par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français en date du 19 novembre 2020 pour une durée de deux ans, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel la préfète l'a assignée à résidence à Limoges à compter du 28 juin 2023 pour une durée de six mois renouvelable, avec présentation quotidienne aux services de police hors les samedis, dimanches et jours fériés ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- son droit à être entendue préalablement à l'édiction des mesures en litige, qu'elle tient de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- en l'absence d'interprète lors de son audition, l'arrêté en litige est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions ne procèdent pas d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- chacune des mesures en litige porte à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la circonstance qu'elle soit propriétaire en indivision d'une maison d'habitation et l'objet d'une mesure de contrôle judiciaire fait obstacle à son éloignement ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle se fonde sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle justifie de garanties de représentation ; elle ne s'est jamais soustraite à une mesure d'éloignement ; la préfète ne caractérise pas le risque de fuite ; en conséquence, l'assignation à résidence méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles

L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D B, ressortissante brésilienne née le 29 mai 1987 à Recife, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement le 28 janvier 2017 en France où elle a demandé l'asile le 27 décembre 2018. Sa demande a été rejetée le 20 novembre 2019 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), au vu de laquelle la préfète de la Creuse l'a obligée, par un arrêté du 28 novembre 2019, à quitter le territoire dans un délai de départ volontaire de trente jours. L'intéressée s'est maintenue sur le territoire, avant de présenter le 30 juin 2020 une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée comme irrecevable par l'Ofpra le 2 juillet 2020. La préfète de la Creuse a pris, le 2 septembre 2020, un arrêté d'assignation à résidence à l'encontre de Mme B, qui n'en a pas respecté les obligations. Mme B a de nouveau sollicité le réexamen de sa demande d'asile, le 19 novembre 2020, mais la préfète de la Haute-Vienne a refusé, par une décision du même jour, confirmée par un jugement du tribunal administratif du 23 mars 2023, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, décision assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par une décision du 22 décembre 2020, confirmée le 28 avril 2021 par la Cour nationale du droit d'asile, l'Ofpra a rejeté comme irrecevable la demande de Mme B du 19 novembre 2020. A la suite d'une audition de Mme B par les services de police le 28 juin 2023, par deux arrêtés du même jour, la préfète de la Haute-Vienne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français du 19 novembre 2020 pour une durée de deux ans. Mme B, qui sollicite son admission à l'aide juridictionnelle provisoire, demande l'annulation de chacune de ces décisions.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté, pris dans son ensemble, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige, sans qu'il y ait lieu sur ce point de distinguer entre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination qu'il comporte, énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de Mme B sur lesquelles il se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Ces décisions sont, dès lors, suffisamment motivées au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de cette motivation, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée. Le moyen qui en est tiré doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-3 de ce code dispose : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".

7. Il résulte de ce qui précède que, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit, lorsque la Cour nationale du droit d'asile a été saisie, à compter de la date de lecture en audience publique de sa décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé " TelemOfpra " produit par l'administration en défense que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile de Mme B a été lue en audience publique le 28 avril 2021. Mme B, qui n'a en tout état de cause formé aucune demande de titre de séjour avant l'intervention des arrêtés en litige, ne disposait dès lors plus, à compter de cette date, du droit de se maintenir sur le territoire français.

8. En quatrième lieu, lors de son audition le 28 juin 2023 par les services de police, Mme B, qui n'était alors pas assistée d'un interprète, a déclaré qu'elle " parle et comprend le français ", " sait mieux écrire le français que le brésilien " et qu'elle sait lire le français, après avoir précisé qu'elle " ne se souvient pas grand-chose de son pays ". Dans ces conditions, alors qu'elle n'apporte à l'instance aucun élément susceptible d'infirmer ces mentions transcrites dans le procès-verbal, Mme B n'établit pas qu'elle aurait été empêchée, par l'absence d'interprète, de faire valoir utilement des observations susceptibles de modifier le sens des décisions en litige, à l'encontre desquelles au demeurant elle n'invoque aucune erreur de fait. Elle ne peut dès lors être regardée comme ayant été privée d'une garantie et, par suite, n'est pas fondée à soutenir que les décisions en litige seraient intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

10. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

11. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, lorsque la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

12. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

13. Mme B se borne à soutenir qu'elle n'a pas été entendue avant la mesure d'éloignement, sans préciser les éléments qu'elle entendait porter à la connaissance de l'autorité administrative. En tout état de cause, elle ne fait valoir à l'instance aucun élément pertinent qu'elle aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, s'ils avaient été communiqués notamment lors de l'audition du 28 juin 2023 au cours de laquelle, ainsi qu'il a été dit au point 8, elle a été mise en mesure de présenter préalablement aux mesures contestées toutes ses observations, auraient été de nature à faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

14. En sixième lieu, d'une part, la seule circonstance qu'un étranger, en situation irrégulière sur le territoire, soit propriétaire d'un bien immobilier, ne constitue pas par elle-même un obstacle à ce que soit prise à son encontre une mesure l'éloignement. D'autre part, si le prononcé par l'autorité judiciaire d'un contrôle judiciaire de l'étranger dans cette situation entrave jusqu'à sa levée l'éloignement effectif de l'intéressé, il ne fait en revanche pas obstacle à l'intervention d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une décision fixant le pays de destination.

15. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine ".

16. Mme B, ressortissante brésilienne, est entrée, selon ses déclarations, sur le territoire français en 2017, à l'âge de 30 ans. Elle fait valoir, à l'appui de sa requête, un projet de mariage avec son concubin. Toutefois, en se bornant à cette allégation, sans justifier, par la seule production d'un bail non signé par les parties, des liens qu'elle aurait ainsi noués très récemment, en octobre 2022, elle n'apporte aucun élément permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française, alors même que la préfète fait valoir les troubles à l'ordre public, au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont la requérante, condamnée à plusieurs reprises notamment pour des violences graves, s'est rendue coupable. Si Mme B soutient qu'elle est dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et y a ainsi nécessairement tissé des liens, elle n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses allégations. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté. Par les mêmes motifs, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de Mme B.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a fait à Mme B obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a assigné Mme B à résidence :

18. En premier lieu, il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.

19. En second lieu, d'une part, Mme B, qui s'est maintenue sur le territoire en situation irrégulière en violation de plusieurs mesures d'éloignement et n'a pas respecté une précédente assignation à résidence, ne justifie pas, notamment par sa qualité de propriétaire indivis, des garanties de représentation qu'elle allègue. D'autre part, le contrôle judiciaire, dont elle-même se prévaut, auquel elle était soumise, à la date de la décision en litige à laquelle s'apprécie sa légalité, s'il fait obstacle, ainsi qu'il a été dit précédemment, et jusqu'à sa levée, à l'exécution de son éloignement, reste sans incidence sur l'appréciation des garanties de représentation et du risque de fuite de l'intéressée par la préfète pour décider son assignation à résidence. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de l'assigner à résidence à Limoges, la préfète de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au litige, venues depuis le 1er mai 2021 succéder à celles de l'article L. 561-2 du même code dont la requérante ne saurait utilement se prévaloir dans leur rédaction en vigueur à la date de la décision en litige.

20. Enfin, par les mêmes motifs qu'énoncés aux points 15 et 16 du présent jugement, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au droit de Mme B à une vie privée et familiale doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de Mme B au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Dounies.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le magistrat désigné,

D. C

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

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