jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SERGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation et d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'erreurs de fait, d'une erreur de droit au regard de l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation ;
- la préfète de la Haute-Vienne a méconnu son pouvoir d'appréciation ;
- elles sont entachées d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur de fait ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au vu de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions lui accordant un délai de trente jours pour quitter le territoire et fixant le pays de destination :
- ces mesures portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Par une ordonnance du 6 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2023 à 17h00.
Mme C été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1996, est entrée sur le territoire français au mois de juin 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Au mois de juin 2015, elle a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Elle a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en raison de ses études et a fait l'objet, le 8 novembre 2019, d'un nouvel arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Le 17 mars 2022, la préfète de la Haute-Vienne lui a délivré un certificat de résidence algérien d'un an mention " étudiant ". Par un arrêté du 28 avril 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, Mme E F, directrice de cabinet de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 28 avril 2023 en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-129 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, la décision rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme C vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante et mentionne que l'intéressée justifie les échecs rencontrés dans la poursuite de ses études par des problèmes personnels, notamment de santé, sans les démontrer. D'autre part, la décision portant obligation de quitter le territoire vise l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que la requérante ne remplit pas les conditions requises pour être maintenues au séjour, et ajoute qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie personnelle et familiale. Les deux décisions en litige comportent ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et sont suffisamment motivées au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme C, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". / Les ressortissants algériens titulaires d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", sous réserve de leur inscription dans un établissement ouvrant droit au régime de sécurité sociale des étudiants, peuvent être autorisés à travailler dans la limite d'un mi-temps annuel pour la branche ou la profession concernée. L'autorisation est délivrée sous forme d'autorisation provisoire de travail sur présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail () ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence présentée en qualité d'étudiant par un ressortissant algérien, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu le baccalauréat professionnel au mois de juin 2018, puis un brevet de technicien supérieur (BTS) mention " économie sociale familiale " au mois de juillet 2020. Elle s'est inscrite en première année de Lettres au cours de l'année universitaire 2020/2021 à l'issue de laquelle elle a été déclarée défaillante, puis en première année de " tremplin droit " au cours de l'année 2021/2022 au terme de laquelle elle a également été déclarée défaillante. Elle s'est, de nouveau, inscrite en première année de " tremplin droit " au cours de l'année universitaire 2022/2023. Son relevé de notes à l'issue de la première session porte la mention " absence injustifiée " dans quatre matières et des notes inférieures à la moyenne dans deux autres matières. Par ailleurs, si elle soutient avoir souffert d'un état dépressif justifiant ces échecs universitaires, elle ne produit aucun élément afin de le justifier. Ainsi, en estimant que, compte tenu de ses échecs successifs au cours des années scolaires 2020/2021, 2021/2022 et à l'issue du premier semestre de l'année 2022/2023, Mme A ne justifiait pas, à la date de la décision portant refus de titre en litige, d'une progression dans ses études, et qu'elle n'apportait aucun élément établissant que ces échecs seraient liés à des problèmes personnels, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du titre III annexé à l'accord franco-algérien, qui s'appliquent à la situation de Mme C laquelle n'est pas régie par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit également être écarté.
6. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la préfète de la Haute-Vienne a méconnu son pouvoir d'appréciation puisqu'elle peut, alors même que l'étranger ne remplit pas les conditions d'obtention d'un titre de séjour de plein droit, d'une part lui délivrer un titre de séjour et d'autre part, ne pas prendre à son encontre une décision d'éloignement, ce moyen n'est assorti d'aucun élément propre à la situation particulière de la requérante qui permettrait d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, âgée de 26 ans à la date de l'arrêté attaqué, est entrée sur le territoire français en situation régulière au mois de juin 2014. Si elle fait valoir qu'elle réside chez sa sœur depuis plusieurs années, et que plusieurs membres de sa famille résident en France, où elle a obtenu des diplômes et tissé des liens amicaux, elle est toutefois célibataire et sans enfants et dispose de liens privés et familiaux en Algérie, où résident ses parents ainsi qu'un frère et une sœur. Par suite, il n'est pas établi par les pièces du dossier que la requérante aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Les moyens tirés de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait commis une erreur de fait et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au vu de leurs conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination et fixant à trente jours le délai pour satisfaire à l'obligation d'éloignement :
9. Si Mme C soutient que la décision d'éloignement dans un délai de trente jours vers l'Algérie aura des conséquences négatives en ce qu'elle sera contrainte de trouver un logement dans un court délai et de quitter sa famille et ses sœurs résidant sur le territoire français, elle ne démontre pas, par ces seuls éléments, et au vu des circonstances rappelées au point 8 du présent jugement, que la préfète de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, Mme C ne démontre pas qu'elle serait dans l'impossibilité de poursuivre ses études en Algérie. Pour les mêmes motifs, la requérante ne démontre pas que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au vu de leurs conséquences sur sa situation personnelle. Le moyen doit par suite être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et ses conclusions relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sergent, et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe 12 octobre 2023.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. DELAGE
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. DELAGE
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026