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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301169

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301169

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. A C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 9 mai 2023 par laquelle la préfète de la Creuse lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Aubusson et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai, à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- méconnaît des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la préfète s'est estimée à tort en compétence liée par le montant de ses revenus ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est infondée dès lors que le dispositif de la décision ne mentionne pas que le séjour est refusé ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 août 2023, la préfète de la Creuse conclut :

- à titre principal, au non-lieu à statuer dès lors qu'elle a retiré son arrêté du 9 mai 2023 et notifié un nouvel arrêté du 17 août 2023 par lequel elle lui refuse le séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'astreint à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Aubusson et fixe le pays de renvoi.

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant béninois né en 1986, est entré en France le 5 mars 2022 sous couvert d'un visa " passeport talent " valable du 18 février 2022 au 18 février 2023. Le 16 novembre 2022, il a sollicité son renouvellement. Par un arrêté du 9 mai 2023, la préfète de la Creuse a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Aubusson et a fixé le pays de renvoi. Par un nouvel arrêté du 17 août 2023, notifié le 25 août 2023, la préfète de la Creuse a retiré son précédent arrêté du 9 mai 2023 et de nouveau a refusé le séjour à M. C avec obligation de quitter le territoire, de se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Aubusson et fixé le pays de renvoi.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de la préfète de la Creuse du 9 mai 2023, dont M. C a demandé l'annulation, a été retiré et remplacé par un arrêté du 17 août 2023, comportant, en substance, les mêmes motifs et le même dispositif. Les conclusions de M. C contre l'arrêté du 9 mai 2023 doivent être regardées comme étant dirigées contre le seul arrêté du 17 août 2023, qui s'est substitué à celui du 9 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est venu en France pour rejoindre une formation musicale dénommée " Eyo'nlé " dans le cadre d'un visa de long séjour " talent ". Ce groupe au rayonnement tant national qu'international est composé de musiciens issus de la même famille ou qui se connaissent depuis de nombreuses années et dont l'unicité est une condition indispensable de sa pérennité. Il ressort également des pièces du dossier que ce groupe a été programmé pour 19 dates s'étalant du 14 mai au 29 septembre 2023 en France métropolitaine et outre-mer ainsi qu'en Suisse et en Italie. Plusieurs attestations d'organisateurs, de programmateurs de spectacles, de responsables d'associations et de collectivités locales soulignent que ses interventions à l'occasion de programmations musicales mais aussi de stages et de résidence passés et à venir, constituent un atout précieux en milieu rural où l'accès à la culture pour les populations n'est pas toujours aisé. Des collaborations avec d'autres artistes reconnus tels le groupe " les Ogres de Barbak " ou le chanteur-compositeur Pierre Perret attestent également de la notoriété et de la qualité de cette formation musicale, de son évolution à plus long terme dans le monde du spectacle et de la possibilité de participer à plusieurs festivals dans les mois et années à venir. Enfin, il ressort des pièces du dossier notamment d'un courrier adressé à la préfète par le maire de Champagnat où résident les membres du groupe " Eyo'nlé " dont le requérant, que les musiciens et leurs familles sont parfaitement intégrés dans le tissu local, parlent couramment le français et participent au rayonnement et à l'enrichissement de la culture française. Dès lors et dans les circonstances très particulières de l'espèce, en dépit de l'entrée récente en France de M. C, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'évaluation des conséquences notamment professionnelles de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Creuse a refusé de l'admettre au séjour et, par voie de conséquence, des décisions prises le même jour par lesquelles elle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie d'Aubusson et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que la préfète de la Creuse délivre un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à M. C. Il y a par suite lieu de l'y enjoindre dans un délai d'un mois, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances du litige, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à verser au conseil de M. C, en application des dispositions articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous réserve de renoncement de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 17 août 2023 par lequel la préfète de la Creuse a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2:Il est enjoint à la préfète de la Creuse de délivrer à M. C un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3:L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Marty au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous réserve de renoncement de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Marty et à la préfète de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

mf

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