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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301238

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301238

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète de la Creuse a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de lui délivrer une attestation de demande d'asile, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des risques qu'il encourt en cas de retour en Afghanistan ;

- elle est entachée d'une erreur de droit par défaut d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- la préfète s'est à tort estimée liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

En ce qui concerne le retrait de l'attestation de demande d'asile :

- elle ne pouvait légalement intervenir dès lors qu'il justifie de sa qualité de demandeur d'asile en produisant la preuve de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 avril 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, la préfète de la Creuse conclut au non-lieu à statuer sur la requête, subsidiairement au rejet de cette dernière.

La préfète de la Creuse soutient que :

- les décisions en litige ont été retirées par une décision du 19 juillet 2023, notifiée à l'intéressé le 2 août 2023 ;

- les conclusions subsidiaires de la requête, tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de prendre une nouvelle décision sur la situation de M. A, sont sans objet dès lors que l'intéressé n'a présenté aucune demande de titre de séjour en dehors de sa demande d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles

L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né, selon la date retenue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 1er octobre 2003 à Kunar, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 20 octobre 2022 en France où il a demandé l'asile le 9 novembre suivant. Sa demande a été rejetée le 11 avril 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 20 juin 2023, la préfète de la Creuse lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de chacune de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. Postérieurement à l'introduction de la présente instance, par un arrêté du 19 juillet 2023, notifié à M. A au plus tard le 2 août 2023 et comportant la mention des voies et délais de recours, la préfète de la Creuse a retiré l'arrêté en litige du 20 juin 2023 dans l'ensemble de ses dispositions. La mesure d'éloignement n'ayant reçu aucune exécution pendant la période où elle était en vigueur, et l'arrêté de retrait n'ayant fait l'objet d'aucun recours contentieux, il n'y a plus lieu pour le tribunal de statuer sur les conclusions de M. A, désormais privées d'objet, tendant à l'annulation du retrait de l'attestation de demande d'asile, de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. D'une part, le présent jugement, eu égard à ses motifs et à son dispositif, n'implique aucune mesure d'exécution.

5. D'autre part, par l'effet rétroactif du retrait, par l'arrêté du 19 juillet 2023, du retrait, qu'avait prononcé l'arrêté en litige, de l'attestation de demande d'asile délivrée à l'intéressé le 19 décembre 2022, cette dernière demeure, à la date du présent jugement, en vigueur jusqu'à l'expiration de sa validité le 27 août 2023. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de la Creuse de délivrer à M. A une attestation de demande d'asile ont perdu leur objet en cours d'instance. Il n'y a par suite pas lieu d'y statuer.

6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a présenté aucune demande de titre de séjour concomitamment, antérieurement, ou postérieurement à sa demande d'asile. Par suite, les conclusions subsidiaires de sa requête tendant au réexamen de sa situation, qui doivent dans ces conditions être regardées comme tendant au prononcé d'une injonction à l'encontre de l'administration sans être dirigées contre une décision, sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de M. A, en tout état de cause bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, les frais exposés par lui à l'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant, d'une part, à l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Creuse du 20 juin 2023, d'autre part, à ce qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer à M. A une attestation de demande d'asile.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de la Creuse et à Me Marty.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le magistrat désigné,

D. C

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

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