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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301240

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301240

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Maret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est entaché d'une insuffisance de motivation.

La décision de refus de titre de séjour :

- a été prise en violation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement de sa pathologie ne peut être réalisé qu'en France ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Maret, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1987, est entré en France le 27 avril 2022 selon ses déclarations. Il a sollicité le 31 janvier 2023 la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa maladie. Par un arrêté du 22 juin 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par décision du 1er août 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande du requérant tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, M. Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 20 avril 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2023-054 du 24 avril 2023, " à l'effet de signer : les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 22 juin 2023 manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. L'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme. Cet arrêté fait également état d'éléments de faits propre à la situation du requérant, en précisant notamment que l'avis médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas sérieusement contredit par les pièces produites par l'intéressé, qu'il soutient vivre en concubinage et qu'il ne justifie pas avoir fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale en France ni y avoir constitué des liens personnels et familiaux qui soient à la fois intenses, anciens et stables. Il en résulte que l'arrêté du 22 juin 2023 énonce de manière suffisamment précise les considérations de faits et de droit sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Pour refuser à M. C la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur un avis rendu le 2 mai 2023, par lequel le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé.

10. Pour contester cette appréciation, M. C qui a levé le secret médical, produit de nombreux certificats, ordonnances, convocations et autres documents médicaux dont il ressort que l'intéressé souffre d'une atrophie maculaire héréditaire. Toutefois, ces documents ne comportent aucune indication quant à l'éventuelle indisponibilité du traitement suivi par le requérant en Tunisie. La circonstance que les services de soins de ce même pays n'auraient pas détecté sa maladie entrainant la lésion de son œil droit et sa cécité totale, au demeurant non attestée, est sans incidence sur le caractère disponible ou non du traitement. Dès lors, les éléments produits ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du 2 mai 2023 du collège de médecins de l'Office Français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne aurait violé les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen sera écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

12. M. C n'apporte aucun élément pouvant être regardé comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit être écarté.

13. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21et L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. M. C, entré en France très récemment en 2022, soutient qu'il entretient une relation maritale avec une ressortissante de nationalité française depuis 2012. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de cette relation. Il ressort, par ailleurs, des termes de la décision attaquée et du mémoire en défense du préfet, non contredits par le requérant, que la personne avec laquelle il dit entretenir une relation est, contrairement à ses allégations, de nationalité portugaise. L'intéressé, sans enfant à charge, ne justifie ainsi d'aucun lien personnel et familial d'une particulière intensité en France. Comme il a été dit au point 9 du jugement, si son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 35 ans, la préfète de la Haute-Vienne, en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

16. En second, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 14, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire porterait une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Maret et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

mf

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