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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301272

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301272

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFADIABA-GOURDONNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 20 juillet 2023 et le 14 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Fadiaba-Gourdonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant ses études menées en France ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi :

- les décisions sont illégales en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés respectivement le 2 août 2023 et le 25 septembre 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal d'une part, la requête est tardive et d'autre part, le requérant doit être regardé comme s'étant désisté d'office au sens de l'article R. 776-12 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle le préfet de la Haute-Vienne n'était ni présent, ni représenté :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Fadiaba-Gourdonneau, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

Sur le désistement d'office des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

1. Aux termes de l'article R. 776-12 du code de justice administrative, dont les dispositions sont applicables en cas d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une requête sommaire mentionne l'intention du requérant de présenter un mémoire complémentaire, la production annoncée doit parvenir au greffe du tribunal administratif dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle la requête a été enregistrée. / Si ce délai n'est pas respecté, le requérant est réputé s'être désisté à la date d'expiration de ce délai, même si le mémoire complémentaire a été ultérieurement produit. Il est donné acte de ce désistement ".

2. La requête de M. C qui annonce son intention de présenter un mémoire complémentaire, se borne à énoncer un moyen de légalité interne et un moyen de légalité externe sans l'assortir des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et revêt ainsi un caractère sommaire. M. C n'a pas produit le mémoire complémentaire annoncé avant l'expiration du délai de quinze jours prévu par l'article R. 776-12 du code de justice administrative, qui, eu égard à ce qui vient d'être dit, a commencé à courir à la date d'enregistrement de la requête. Par suite, M. C doit être regardé comme s'étant désisté de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il y a lieu de lui donner acte de ce désistement.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne du 22 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2022-08-22-00002 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le requérant se borne à soutenir, sans l'établir, qu'il ne pourrait poursuivre ses études en Algérie du fait des spécificités de la formation qu'il poursuit en vue de l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " maintenance véhicule-option voiture particulière ". De plus, il a obtenu son diplôme le 6 juillet 2023, durant le délai de départ volontaire que le préfet lui a accordé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

6. M. C, ressortissant algérien, né en 2004 à Mediouna, est entré en France en 2020 pour être confié par acte de kafala à son frère. Il est célibataire, sans enfant. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il entretiendrait en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité, la seule attestation d'hébergement de son frère n'étant pas de nature à les établir. S'il est inscrit en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle " maintenance véhicule - option voiture particulière ", il ne prouve pas qu'il ne pourrait poursuivre ses études en Algérie où il a passé la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Au demeurant, comme il a été exposé au point 4 du présent jugement, il a obtenu son diplôme le 6 juillet 2023, pendant le délai de départ volontaire qui lui avait été accordé. S'il fait valoir le caractère sérieux de ses études, son apprentissage de la langue française et son intégration républicaine, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. En l'espèce, le requérant ne fait valoir aucun motif exceptionnel humanitaire qui justifierait une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne a entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. En l'espèce, le requérant ne saurait se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est âgé de 18 ans à la date de la décision attaquée et donc majeur.

Sur la fixation du pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision contestée doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation des décisions 11 avril 2023 par lesquelles la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: Il est donné acte du désistement des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français de M. C.

Article 2:Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Fadiaba-Gourdonneau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

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